GUERRE 1914-1918: GABRIEL BILLONNET POILU D'ORIENT

                                                                                  



                                                                                   Avant-Propos


Gabriel Billonnet voit le jour le 29 avril 1895, dans le paisible village de Beaumont, en Haute-Vienne. Au début de l’année 1914, il mène une existence tranquille, cultivant la terre dans la maison familiale du hameau de Pert, ignorant encore le nom de Gavrilo Princip.

Pourtant, c'est à cet étudiant serbe nationaliste qu'il devra de vivre les heures les plus sombres de sa vie, notamment en Serbie. Lorsque Gavrilo Princip assassine l’archiduc François Ferdinand d’Autriche, la déclaration de guerre qui s'ensuit de l'Autriche-Hongrie à la Serbie semble inévitable. Fait intéressant, le prénom « Gavrilo » se traduit en français par « Gabriel ».

Le jeu complexe des alliances de l'époque entraîne une série de déclarations de guerre, et c'est ainsi que la France entre en conflit le 3 août suivant. À l'aube de ses 19 ans, Gabriel se prépare à un périple de près de cinq ans, le conduisant bien au-delà des frontières de son pays.

Son expérience guerrière se déploie en cinq actes. Après six mois de formation en France, il est plongé dans la tragédie du détroit des Dardanelles, un épisode qui se solde par un effroyable massacre. Gabriel ignore encore le nom de celui qui, contre tous les conseils, prend la décision de faire engager des milliers de valeureux soldats dans cette expédition insensée : Winston Churchill. À peine connaît-il Alexandre Millerand, le ministre de la Guerre, ardent socialiste, qui décide du soutien de la France à l'Armée serbe et maintient le 175e Régiment d'Infanterie dans les Balkans, dans une guerre qui ne concerne pas directement la France. Ce troisième acte est pourtant le plus tragique de son parcours, Gabriel étant gravement blessé par des balles bulgares.

Après un retour en France de quelques mois, à peine rétabli de ses blessures, il doit rejoindre son régiment au combat. La guerre prend fin le 11 novembre 1918, mais pas pour Gabriel ! Georges Clemenceau décide encore du sort de ces hommes déjà si éprouvés. Le 175e Régiment ne rentre pas en France, mais est plutôt envoyé en Crimée pour défendre Sébastopol contre les armées bolcheviques.

Ainsi, Gabriel ne connaît aucun de ces décideurs militaires et, dans un retournement ironique, il ne combat jamais pour défendre le territoire français. À quoi bon acquérir des connaissances si l’on ne comprend pas leur portée ? Que valent les actions de Gabriel et son parcours s’ils ne sont pas éclairés par une compréhension des enjeux, des causes, et des souffrances qu’il a endurées ? Il est donc impératif de placer son récit dans le contexte plus large de l'Histoire.

L’Armée d'Orient demeure une grande inconnue. La Marne, Verdun, le Chemin des Dames et l’Argonne, autant de noms qui résonnent encore des échos des batailles de la Première Guerre mondiale. En revanche, les Dardanelles, la Macédoine, Monastir ou Salonique évoquent des significations bien différentes. Aujourd'hui, peu de Français se souviennent qu'entre 1915 et 1919, plus de 300 000 de leurs ancêtres ont combattu sur le front d’Orient : Dardanelles, Serbie, Albanie, Macédoine, Bessarabie, Crimée, Hongrie, etc. Loin du territoire national, sous l'uniforme, dans des contrées souvent idéalisées, les soldats français d’Orient restent les oubliés de la mémoire collective. Pourtant, la victoire sur ce front a eu une influence décisive sur la fin du conflit et l’avenir de l'après-guerre.

L'histoire du front d’Orient débute en 1915 avec l'expédition navale franco-britannique, connue sous le nom d’« expédition des Dardanelles ». Les puissances de l'Entente espèrent défier la Turquie, alors alliée des puissances centrales, en s'emparant de Constantinople et des détroits, permettant ainsi à la Russie de recevoir des approvisionnements tout en exerçant une pression sur les nations neutres comme la Grèce, la Bulgarie et la Roumanie. Cependant, l'expédition contre la Turquie tourne au désastre. Initialement planifiée comme une opération maritime, les forces de l'Entente sont contraintes d'envoyer des troupes à terre. Les soldats français et britanniques débarquent sur la presqu'île de Gallipoli, où ils affrontent une armée turque déterminée, soutenue par des officiers allemands. Gabriel arrive sur ce front en mai 1915, mais les troupes de l’Entente doivent se retirer fin 1915, laissant derrière elles de nombreux camarades.

En septembre-octobre 1915, après de longues négociations diplomatiques, la Bulgarie entre en guerre aux côtés des puissances centrales, lançant une offensive conjointe bulgaro-germano-austro-hongroise contre la Serbie. Face à cette menace, il est urgent pour l'Entente de soutenir son allié serbe. C'est ainsi que la France et le Royaume-Uni décident d'intervenir militairement en territoire serbe, durant la campagne de Serbie d'octobre à décembre 1915, où Gabriel est mobilisé. La rapidité de l'avancée des troupes allemandes et austro-hongroises oblige l'armée serbe à battre en retraite. Pendant les mois d'octobre et novembre, les forces françaises s'efforcent de contenir les troupes bulgares dans l'est et le centre de la Macédoine serbe. Cependant, la prise d'Uskub et de Veles par les Bulgares leur permet de contourner les positions françaises. L'armée serbe, contrainte de se replier, traverse l'Albanie en pleine hiver. Au début de décembre 1915, l'ordre est donné aux troupes françaises et britanniques de se retirer du territoire serbe, se regroupant autour de Salonique, dans un camp retranché.

Début 1916, le front se stabilise le long de la frontière serbo-grecque. Pendant ce temps, les restes de l'armée serbe, éprouvée, sont récupérés par les puissances de l'Entente, qui l'aident à se reconstituer durant la première moitié de l'année 1916. En août 1916, les troupes de l'Alliance passent à l'offensive dans la plaine de Monastir, tandis que les forces de l'Entente, malgré des pertes lourdes, parviennent à reprendre l'initiative et à entrer en Macédoine serbe.


Cependant, en novembre, la ville de Monastir est finalement évacuée par les puissances centrales, puis occupée par les forces de l'Entente à la fin du mois. Malheureusement, l'hiver s'installe, figeant de nouveau le front. Malgré des offensives localisées et des escarmouches incessantes, peu de progrès sont réalisés jusqu'en septembre 1918. Ce n'est qu'à la fin de l'été 1918 qu'une offensive de l'Entente est enfin lancée. Les 14 et 15 septembre, après des semaines de préparation pour monter l'artillerie lourde, le front est percé lors de la bataille de Dobropol. Les troupes françaises et serbes exploitent cette percée et se dirigent vers Skopje, poursuivant les forces de l'Alliance qui battent en retraite.

Après l'abandon de leurs lignes par les troupes bulgares, les forces britanniques et grecques avancent également par l'est de la Macédoine. L'armistice avec la Bulgarie est signé le 29 septembre 1918, mettant fin aux combats en République de Macédoine, mais la guerre n'est pas encore terminée. En octobre et novembre, l'Entente poursuit les troupes allemandes et austro-hongroises en Serbie, et Belgrade est libérée le 1er novembre 1918.

Contrairement au front de l'Ouest, le 11 novembre 1918 ne marque pas la fin de la guerre. Après les armistices de novembre, l'Armée française d'Orient est réorganisée en trois entités : l'Armée du Danube, l'Armée de Hongrie, et le Corps d'Occupation de Constantinople. Certaines des unités présentes sur le front d'Orient sont envoyées pour contrer l'avancée des bolcheviques. Ces soldats ne reviennent en France qu'un an après la conclusion de l'armistice avec l'Allemagne. À partir de novembre 1918, seuls les soldats ayant au moins 18 mois de présence en Orient sont rapatriables, tandis que les autres doivent rester sous les drapeaux en tant que forces d'occupation ou en opérations contre les troupes du nouveau pouvoir russe. Ces engagements militaires, dictés par la politique française, sont mal acceptés par des soldats fatigués par quatre ans de guerre, qui ressentent que leur victoire leur échappe, sans comprendre les raisons de leur nouvel engagement.
Dans cette région du monde, à cette époque, les premiers ennemis du soldat ne sont ni les balles ni les obus. Le paludisme, la dysenterie, la grippe, sans parler d'autres pathologies comme les pieds gelés et le scorbut, déciment les rangs des unités engagées. Les évacuations sont quotidiennes, touchant tous les régiments. L'analyse des causes de décès dans les fiches des soldats morts pour la France révèle cette réalité tragique. De nombreux soldats décédés en Orient portent la mention « mort suite à des maladies contractées en service ». Le paludisme est un fléau pour la population locale depuis toujours, et les conditions de vie imposées aux soldats rendent la prévention de cette maladie particulièrement difficile. Les crises de paludisme affaiblissent progressivement les organismes, entraînant des décès dramatiques.

Pour lutter contre ces fléaux, les armées d'occupation entreprennent des efforts pour assainir les zones humides où prolifèrent les insectes. Une mission antipaludéenne est instaurée au sein des services sanitaires de l'Armée française, visant à non seulement traiter le problème médical, mais également à réaliser des travaux d'assainissement. Entre 1915 et 1918, plusieurs épidémies ravagent la Macédoine, exacerbées par les problèmes d'hygiène, les privations et les conditions de vie difficiles.

La percée du front et le retour d'une guerre de mouvement ne mettent malheureusement pas fin à ces fléaux. À l'automne 1918, la Macédoine serbe est frappée par une nouvelle épidémie, cette fois causée par un virus de type H1N1. Les années 1918 et 1919 sont marquées par la pandémie de grippe dite « espagnole ». À Cer, fin septembre 1918, alors que les troupes françaises poursuivent leur avancée, plus de 300 soldats meurent en quelques semaines dans une ambulance occupant une maison villageoise.

À l'opposé des idées reçues, la vie en Orient peut se révéler très difficile. Les températures extrêmes, tant en été qu'en hiver, compliquent davantage les conditions de vie. Dans une carte postale écrite en novembre 1917, un soldat décrit la situation : « […] Bien que vous n'ayez pas reçu mon petit souvenir, je vous en renvoie deux, un pour vous et un pour votre Demoiselle. J'espère qu'ils sauront vous faire plaisir. J'espère que vous êtes en bonne santé. Moi, ça va, à part le froid terrible qu'il fait, surtout à la hauteur où je me trouve. J'espère d'ici deux mois aller vous serrer la main. »

Quant à Gabriel, il n'écrit rien, mais il a tout de même souffert des pieds gelés. Ces conditions climatiques ont des conséquences multiples sur la vie des soldats, notamment en ce qui concerne le ravitaillement. « Manger à sa faim devient une obsession pour certains. Des soldats blessés errent autour de notre logement en quête de maigres restes. Nous réalisons qu'ils sont encore plus mal nourris que nous. […] Mais, il faut l'admettre, ici aussi, on souffre de la faim, surtout depuis que les troupes sont éloignées du centre de Salonique. Le ravitaillement met du temps à arriver, égaré dans les montagnes. L'armée jeûne continuellement, les rations alimentaires ne sont jamais complètes. »

L'intendance prend cependant rapidement des mesures pour pallier, en partie, les difficultés de ravitaillement. L'armée française entreprend de valoriser les territoires pour les besoins des troupes, créant même des fermes. Au sein de ces efforts, des jardins potagers sont établis dans la plaine allant de Florina à Monastir, impliquant les populations locales dans ces programmes.

À ces difficultés s'ajoutent les problèmes liés à l'éloignement géographique des théâtres d'opérations. Cet « isolement géographique » engendre un isolement psychologique. Le courrier n'est pas régulier, et chaque navire coulé signifie la perte de milliers de lettres et colis attendus par les poilus. Cet éloignement pèse d'autant plus sur les combattants alliés qu'ils se battent sur une terre étrangère, souvent hostile, craignant quotidiennement des attaques d’irréguliers bulgares, grecs ou albanais, dits « comitadjis ».

Au niveau national, l'image du poilu d'Orient est parfois moquée par certains journalistes et politiciens parisiens. Cela découle de l'opposition d'une partie de la classe politique à l'expédition d'Orient, qui, sous l'influence de Clemenceau, dépeint ceux qu'ils appellent « les jardiniers de Salonique » comme des lâches.

Si l'armée française « jardine » en Orient, ce n'est pas par oisiveté, mais par nécessité. Cette image, éloignée de la réalité du front, peut être expliquée par des raisons politiques, en lien avec la personnalité du général Sarrail, et par une incompréhension psychologique                comment croire qu'au pays des dieux antiques, sous le soleil de Grèce, la guerre puisse être aussi difficile qu'en France ? Les journalistes préfèrent souvent exalter l’exotisme de l'Orient plutôt que de dépeindre la dure réalité militaire sur cette terre étrangère.

En novembre 1917, Clemenceau devient Président du Conseil, et son désamour pour ce front ne faiblit pas. À la fin de 1918, lorsque l'armistice est signé, il semble important à Paris que les exploits des poilus d'Orient ne viennent pas éclipser l'héroïsme des soldats français sur leur propre terre, et que rien ne vienne ternir la grandeur de Clemenceau, le « Père de la victoire ».

Après avoir dressé ce tableau général, revenons à Gabriel, malheureux pion au service des intérêts qu'il croit être ceux de la France. Pour reconstituer son itinéraire, il ne reste qu'un petit carnet, en mauvais état et incomplet. Gabriel est peu loquace en descriptions, en détails et en informations. Cinq années de sa vie se résument à treize petites pages. Il y consigne son parcours, sans un mot sur ses actions, ses fréquentations, ses conditions de vie, ses sentiments, ses joies et ses peines.

Les noms des lieux y figurent sous une orthographe francisée, parfois phonétique, rendant difficile la localisation des villes ou des villages, dont beaucoup ont changé de nom depuis. Situer ses étapes de vie et de passage est ainsi compliqué, tant les cartes sont rares.

Pour lui rendre hommage malgré son silence, il est essentiel d’intégrer ses bribes d'écriture dans le récit du 175e Régiment d'Infanterie de l'Armée d'Orient, ainsi que dans celui de la 156e Division d'Infanterie.

Il est important de noter qu'il existe très peu d'écrits sur ce régiment, constitué en 1915 dans le but unique de combattre aux Dardanelles, puis dans les Balkans, notamment en Serbie, et de terminer sa mission par la campagne de Crimée. Dissous en 1919, après le retour en France de ses troupes, il n'existe guère de témoignages sur son histoire.

Les sources d'information qui ont permis cette reconstitution sont multiples. D'abord, la littérature. Bien que peu nombreux, des ouvrages sur la bataille des Dardanelles existent, révélant, parfois des années après les faits, les mécanismes politiques et militaires qui ont envoyé les soldats alliés dans cet inutile carnage. Ensuite, les Poilus eux-mêmes. Si Gabriel brille par sa discrétion, d'autres ne manquent pas de partager leurs récits et leurs photographies. Leurs descendants publient aisément ces témoignages.

On peut également consulter la presse de l'époque, bien que, soumise à la censure, elle soit peu fiable. Et puis, il y a les archives ! Les archives photographiques mises à disposition par le Ministère de la Défense, ainsi que les « Journaux de Marches et d’Opérations » (J.M.O.), qui consignent toute l'activité des unités militaires engagées durant la Première Guerre mondiale. Malheureusement, les J.M.O. du régiment de Gabriel ont totalement disparu, mais d'autres permettent de retracer certains épisodes, notamment ceux de la 156e Division d'Infanterie et des Services de Santé.


Cependant, certaines interrogations demeurent, notamment concernant ses permissions en France. Est-il retourné dans son Limousin natal pour quelques jours ? Ou bien a-t-il rendu visite à une belle ? Un peu de mystère subsiste. Ses notes sur son retour en 1919 sont également abrégées. Manque-t-il des pages ? Ce n'est pas le plus important.

Rendons grâce aux Turcs, aux Bulgares, aux Russes et aux Allemands de lui avoir laissé la vie. Sans eux, il n’y aurait jamais eu de Solange, Daniel, Serge, Monique, Marianne, Véronique, Maryline, Sylvie, Laurent, Aurélie, Thomas, Lisa, Clément, Anaëlle, Chloé, Maxime, Ylan.

 Embarquons avec Gabriel, Poilu d’Orient, à l'aube de ses 19 ans.

                                                                               



Quelques définitions pour mieux comprendre

Hiérarchie des Armées :

Une Armée comprend plusieurs Divisions (la 17e D.I.C. puis la 156 D.I. pour Gabriel) (1)

Une Divison comprend plusieurs Régiments (le 63e R.I. puis le 175 e R.I. pour Gabriel) (2)

Un Régiment comprend plusieurs Bataillons (le 3e  pour Gabriel)

Un Bataillon comprend plusieurs Compagnies

 

Sigles des Régiments et Divisions :

 

R.I. =     Régiment d’Infanterie

R.I.C. = Régiment d’Infanterie Coloniale

D.I. =   Division d’Infanterie

D.I.C. = Division d’Infanterie Coloniale

Les services de santé :

Ambulance : Une ambulance n’était pas un véhicule. C’était une formation sanitaire affectée soit à un corps d’Armée soit à une Division. Elle était dite « alpine » lorsqu’elle était plus légère afin d’accompagner les troupes en terrain montagneux. Aujourd’hui on dirait « antenne médicale ou chirurgicale.

Hôpital avancé : Ambulance à laquelle on a ajouté une section d’hospitalisation.

Les établissements dont dispose le Service de Santé Militaire en temps de paix ne permettraient de recevoir qu'une faible partie des malades et des blessés de l'armée mobilisée. Il est donc nécessaire de prévoir, pour le cas de guerre, la création de nombreux hôpitaux.

Ces hôpitaux portent le nom de Hôpitaux Temporaires (HT). Leur organisation est prévue dans de nombreuses localités de la zone de l'intérieur.

Ces HT du territoire sont destinés à apporter au SS militaire des ressources nouvelles d'hospitalisation en vue de faire face: aux besoins propres des régions et aux évacuations des armées en campagne.

Les HT du territoire sont appelés Hôpitaux Complémentaires (HC) s'ils sont gérés par le SSM.

Ils sont appelés Hôpitaux Auxiliaires (HA) s'ils sont gérés par les Sociétés d'assistance.

Ils sont appelés Hôpitaux Bénévoles (HB) s'ils sont gérés par des particuliers, des associations, des communautés, des collectivités locales.

 

En 1914, existent 3 Sociétés d'assistance de la Croix Rouge:

  - La Société française de Secours aux Blessés Militaires (SSBM) créée en 1864;

  - L'Union des Femmes de France (UFF) créée en 1879;

  - L'association des Dames françaises (ADF) créée en 1881. 

Ces trois sociétés de Croix-Rouge restent indépendantes les unes des autres durant toute la guerre et ne fusionnent sous la simple dénomination de Croix Rouge Française (CRF) qu'en août 1940.

La S.S.B.M. était la plus importante des sociétés de Croix-Rouge. Elle fut autorisée à prêter son concours  au service de l'Armée. Elle accéda à la zone de l'avant (zone des combats), pouvait concourir au bon fonctionnement des trains sanitaires. Les infirmeries de gare dépendaient d'elle.

L'U.F.F. et l'A.D.F. étaient cantonnées dans la zone de l'arrière, mais pas dans la zone des Armées.

Les Trains Régimentaires (TR) : Le terme "train" désigne le service qui transporte le ravitaillement, les vivres, le fourrage et les bagages des compagnies et du régiment. 

Compagnie Hors Rang (C.H.R.) : Compagnie unique qui se trouve au niveau du régiment et regroupe ce qui touche au fonctionnement administratif, logistique et au commandement du régiment. On y trouve le secrétariat du colonel et de son petit état-major, les cellules traitant de l’approvisionnement en matériel, habillement, nourriture, un peloton de pionniers pour les travaux de protection, la section de brancardiers qui est en même temps la musique du régiment. Pour commander, il faut assurer les liaisons vers les supérieurs et les subordonnés, et naturellement une équipe de téléphonistes y a sa place.

Les Pionniers : chargés des travaux de constructions, de réparations ou de destruction des routes, ponts, tranchées. Les pionniers étaient tous des hommes spécialistes de métiers divers et étaient chargés des travaux de campagne, installation des postes d’observation, fabrication d’abris, aménagements divers et d’encadrer les autres soldats lors de ces travaux, ils répondaient aux différentes demandes provenant des autres Cies du régiment.

La Triple Entente : c’est l'alliance militaire de la France, du Royaume-Uni et de la Russie impériale par opposition à la Triplice ou Triple Alliance. Elle est la combinaison de plusieurs accords antérieurs : « l’Alliance franco-russe » de 1893, puis « l’Entente cordiale » de 1904 entre la France et l’Angleterre et enfin « la Convention Anglo-Russe » de 1907

La Triple Alliance : c’est le nom donné à la veille de 1914 à l’alliance conclue entre l'Empire allemand, l’Empire austro-hongrois et le Royaume d'Italie puis par l'Empire ottoman.


 (1)   : annexe n° 1 : Extrait de l’Histoire de la 156e division tiré de Wikipédia

(2)   : annexe n°2 : Historique du 175e R.I. source Bibliothèque Nationale de France






Première page

du carnet de guerre

 -

 1914


Carnet appartenant à Billonnet Gabriel

175e de ligne Armée d’Orient




Deuxième page

du carnet de guerre

 -

1915



Gabriel fête ses 20 ans au camp de Souge


Parti le 15 Décembre 1914, arrivé à La Rochelle le 17

Affecté à la 32° compagnie

Parti au Camp de Souge le 5 avril 1915

Revenu à La Rochelle le 30, reparti le 05 mai pour Saintes en formation du 175° - 3° Bataillon

Reparti de Saintes le 12 au soir, arrivé le 15 à Marseille  au matin

Embarqué sur « l’Australien » le 16 au soir,

Arrivée aux Dardanelles le 22 mai 1915 débarqué dans la presqu’île de Gallipoli

Monté en ligne le 30 mai 1915, relevé le 6 juin





 La première affectation de Gabriel est au 63e régiment d’infanterie basé à Limoges et dont le    casernement se situe à la Caserne Beaupuy.


Il en repart aussitôt pour La Rochelle. On peut présumer qu’il s’agit de former les nouvelles recrues au maniement des armes.

  


Début avril 1915, il est envoyé près de Bordeaux, vraisemblablement toujours en formation, au Camp de Souge. Le Poilu Pierre Beau raconte dans son carnet ses souvenirs du Camp :

« A l’entrée du camp se trouve une petite agglomération bizarre formée de baraques en bois dans lesquelles sont quelques guinguettes où les soldats vont casser la croûte et boire un verre dans l’atmosphère infectée de la fumée de nombreuses pipes et l’odeur écoeurante de beignets graisseux.

On trouve encore là un coiffeur, un bureau de tabac, un marchand de comestibles et un garage de bicyclettes, toujours dans des constructions très légères faites de planches et même de toile. Ce petit groupe de commerçants forme un village qui pour l’instant, se nomme Coquinville. La majeure partie de nos journées se passe en exercices divers, marche, tir, théories «  

 


Il est alors proche de son affectation finale, le 175e régiment d’infanterie qui est en cours de constitution à Saintes pour ce qui est du 3e bataillon. Il semble que la formation de ce bataillon soit en retard si l’on en juge par l’évolution du reste du régiment. En effet, la majeure partie du 175e a déjà embarqué depuis le 4 mars dans trois bateaux (v. historique) à Marseille en direction des Dardanelles alors que Gabriel n’embarque que le 15 mai sur l’Australien (5)                   

      


                                                         
                                                                                      

 

 

Troupes à bord du « Provence »




Gabriel vient de vivre son premier semestre de vie militaire et entre en contact avec la guerre. Regardons d’un peu plus près son itinéraire :

1/ La Rochelle : séjour de 3 mois et demi

2/ Camp de Souge : séjour de 25 jours

3/ La Rochelle : attente de 5 jours

4/ Saintes : attente de 7 jours

5/ 2 jours de voyage jusqu’à Marseille

6/ Marseille : 2 jours avant embarquement

7/ Voyage en bateau de 7 jours

8/ Sur presqu’île de Gallipoli : attente de 8 jours

9/ Au combat : 6 jours

De ce début d’expédition, des témoignages de compagnons de Gabriel subsistent, ainsi celui d’ Auguste Galland ou encore Jérôme Le Saout (6) et nous permettent de nous faire une idée de ce que Gabriel a vécu.

Dans son livre « L’Enfer des Dardanelles », Pierre Miquel écrit :

« Le 14 mai 1915, le général Gouraud prend le commandement du corps expéditionnaire français, réorganise les positions et fait reprendre l'offensive le 1er juin. Sans succès, les assauts successifs ne parviennent pas à percer les lignes turques. La nuit, les soldats alliés subissent même les contre-attaques de commandos turcs qui les attaquent silencieusement pour égorger les guetteurs dans les tranchées. Les côtes de la péninsule de Gallipoli sont un gigantesque cimetière où des milliers de corps pourrissent sous un soleil torride. Et les Turcs résistent toujours. Les Alliés vont-ils emporter une victoire décisive ? Ils sont bien près de le croire : le 30 juin, les forces anglaises, néo-zélandaises, australiennes et françaises combinées enlèvent l’important ouvrage turc dit du « quadrilatère » tandis que Gouraud est grièvement blessé. Mais pendant les jours suivants, attaques et contre-­attaques meurtrières se succèdent. Sans résultat. « 


Débarquement aux Dardanelles









Troisième page

du carnet de guerre

- 

1915






Evacué le 18 juin sur l’hôpital de campagne

De l’hôpital de campagne Sedulbar

Evacué sur l’île de Lemnos

Renté à l’hôpital le 18, sorti le 23, parti au dépôt de convalescence le 23 juin, sorti le 20 juillet

Rentré au dépôt intermédiaire le 20 juillet, reparti aux Dardanelles le 25 août jusqu’au 17 octobre

Parti pour Salonique

Arrivé à Salonique le 19 octobre 

Reparti pour la Serbie le 25, passé par Véria




« Sedulbar » est en réalité le village de « Sedd-Ul-Bahr. Ce village de l’extrémité de la péninsule de Gallipoli a été le théâtre de violents combats (7). 

 

Le fort de Sedd-Ul-Bahr en 1915

Le même fort aujourd’hui


 Arnaud Pomiro appartient au 175e. Son témoignage a été publié. Il en dit long sur les conditions du Poilus  des Dardanelles.

Pomiro, débarqué le 27 avril 1915, fait de nombreuses allusions au courage des Turcs. Il fait ainsi état d’une légende disant qu’il est impossible de s’emparer d’une tranchée tenue par les Ottomans. Le 2 mai 1915, il note à leur propos : "ils sont courageux et bravent facilement le danger. Cruels, leurs blessés continuent de tirer sur les nôtres".

La nature du terrain et du climat pose problème à de nombreuses reprises : « le reste de la compagnie qui était en première ligne a pu être relevé et nous rejoindre : il y a beaucoup souffert pour reconstruire les tranchées, le terrain étant dur et les Turcs tirant dessus ».

               Les températures sont très élevées et l’eau est rare. Les hommes ont soif et sont constamment harcelés par des nuées de mouches. Mais la pluie peut être violente aussi. Le mardi 16 mars 1915, Arnaud Pomiro note la pluie et le vent violent qui ralentissent les opérations de débarquement de son unité à Lemnos. Le plus souvent toutefois, il note fréquemment la chaleur accablante dès 6 heures du matin, la poussière.

 Le 25 mai 1915, c’est le soleil et le sable qui sont désignés comme des adversaires.

Durant toute l’opération des Dardanelles, les difficultés logistiques sont énormes. Le ravitaillement en eau, notamment, pose de gros problèmes. Il doit être assuré en partie par des navires-citernes qui multiplient les rotations avec l’Égypte.

Certes, lorsque Gabriel est débarqué, les combats de Sedd-Ul-Bahr sont terminés, mais il est précipité dans ceux du Kérévés Déré de la bataille de Krithia (8). Les archives contiennent un croquis des positions françaises dans le secteur en date du 20 juin 1915 :




Gabriel est relevé du combat le 6 juin et évacué vers l’hôpital de campagne le 18, sur l’île de Lemnos. Il est donc raisonnable de supposer qu'il a subi une blessure dont il ne fait pas mention. Cette hospitalisation, suivie d'une période de convalescence, l'exempte de la participation aux assauts de son régiment des 21 juin, 13 juillet et 7 août. Cependant, il est indéniablement impliqué dans l'attaque du 4 juin. Portons notre attention sur les événements marquants qui se sont déroulés au début de juin 1915. L'historique du 175e régiment souligne une offensive particulièrement violente le 4 juin. Pourtant, le Journal des mouvements d’unités (J.M.O.) du service de brancardiers de la division précise :

 


« 140 blessés évacués la plupart du 175e  «  par les brancardiers. Ce même J.M.O du même groupe de brancardiers stipule à la date du 18 juin :

 

27 soldats blessés sont évacués ce jour. Gabriel est donc de ceux-là. Nous n’avons aucune précision quant à la nature de ses blessures qui doivent toutefois être suffisamment sérieuses pour nécessiter un mois  de soins sur l’île de Lemnos, base arrière en territoire grec.


 


L’infirmerie à Sedd-Ul-Bahr 

Certain soldats du 175e R.I. tiennent malgré tout à emporter des souvenirs et se font photographier avec leurs camarades de malheur. Gabriel n’était pas sur la photo prise de ce jour là.

 



Vue de la base Armée d’Orient sur l’île de Lemnos


L’hôpital de Lemnos où Gabriel a été transporté



À l'issue de ces quelques semaines de repos, Gabriel est de nouveau envoyé dans la même région, dans le but de préserver les avancées réalisées durant son absence. Il demeure en position aux Dardanelles jusqu'au 17 octobre 1915, une mission confiée par les Anglais au 175e Régiment d'Infanterie français. Il est intéressant de noter que son régiment avait reçu l'ordre de quitter la presqu'île le 25 septembre.

Trois mois s'écoulent, et la bataille des Dardanelles touche à sa fin. Tous les combattants sont rentrés chez eux. Winston Churchill doit maintenant se confronter à la terrible réalité d'un bilan tragique : près d'un demi-million de vies perdues, dont 47 000 braves Français, tombés au combat, succombant à leurs blessures ou aux maladies. Des hommes comme Gabriel, qui ne cherchaient qu'à cultiver la terre qu'ils aimaient. Dans ce contexte, un nouveau personnage historique émerge et tire profit de cette victoire turque : Mustapha Kemal, connu sous le nom d'Atatürk, qui deviendra par la suite le premier président de la République de Turquie.

Avec le recul du temps, l'historien Pierre Miquel consigne dans son ouvrage « Les Poilus d’Orient » :

        « Sous un soleil torride, on s’enterre. Chaque camp opère des coups de main aussi sporadiques qu’inefficaces. Les cadavres pourrissent au soleil. Les nuits sont glaciales et hantées par la terreur des assauts de commandos turcs auxquels répond la sauvagerie des troupes sénégalaises. Aux Dardanelles, c’est finalement comme au Chemin des Dames. La boue en moins.

A la fin de l’été 1915, les pseudo-stratèges en sont maintenant (enfin) persuadés : il va falloir évacuer les troupes de cette impasse. On va le faire dans le calme, sans précipitation, sans donner à l’ennemi l’impression d’une retraite afin d’éviter une contre-offensive turque qui transformerait la retraite alliée en débâcle. L’évacuation de la presqu’île de Gallipoli va s’échelonner jusqu’en décembre 1915, facilitée par une certaine inertie des Turcs. Les Français seront parmi les derniers à partir, début janvier 1916. »

 « Les soldats survivants de ce massacre vont-ils être accueillis en héros en Europe ? Pas même. Les troupes alliées ne sont pas rapatriées mais transférées vers Salonique, en Grèce macédonienne, où elles vont participer à une guerre confuse contre les Bulgares puis une occupation du territoire roumain jusqu’en 1918 : un conflit oublié dont l’âpreté des derniers moments est très bien rendue dans le film magnifique de Bertrand Tavernier « Capitaine Conan ».

Revenus au pays, les « Dardas » ne trouveront qu’indifférence ou perplexité quant à leurs souffrances et à leurs sacrifices. Que peuvent peser les 10 000 morts français des rives turques face aux 600 000 morts de Verdun et au million et demi de victimes du conflit ? Rares sont les monuments aux morts qui mentionnent les troupes d’orient. « 

 

Les propos de Pierre Miquel se confirment en 2014. Parmi les nombreuses cérémonies du centenaire de cette guerre, combien ont rendu hommage aux poilus d’Orient ? Combien de monuments existent sur notre sol pour rappeler leurs sacrifices ? C’est hélas en Turquie, précisément à Sedd-Ul-Bahr que le plus bel hommage leur est rendu.

Le cimetière français de Seddul-Bahr, aujourd'hui le seul restant, il y avait quatre cimetières à l'origine: le cimetière Galinier (dans le fort de Seddul-Bahr), le cimetière de l'ambulance (route de Kilid-Bahr), et ceux de la 1ère et 2ème Division dans la baie de Morto. Les corps ont alors été regroupés dans deux cimetières: Zimmerman et le Kereves Dere. Le rapatriement des corps demandé par les familles commence en 1922 puis après le traité de Lausanne en 1923, année de la naissance de la république Turque, un seul cimetière est crée à Sedd-Ul-Bahr regroupant tous les corps, aussi bien ceux venant de l'île de Lemnos dans laquelle se trouvait l'hôpital d'évacuation. Inauguré par le général Gouraud en 1930, c'est un cimetière magnifique qui surplombe la mer, une sensation de sérénité absolue s'en dégage et l'entretien est remarquable. Il y a aujourd'hui près de

15 000 corps dans cette nécropole, dont seulement 2 340 identifiés et plus de 12 000 dans cinq ossuaires. En premier plan la tombe du général Ganeval, tué d'une balle dans la tête lors d'une inspection en première ligne en juin 1915. La tour lanterne, visible à des kilomètres, domine la baie et veille sur nos poilus; des mots de Victor Hugo sont inscrits: 

 « Gloire à notre France éternelle, Gloire à ceux qui sont morts pour elle, Aux martyrs, aux vaillants, aux forts, A ceux qu'enflamme leur exemple, Qui veulent place dans le temple

Et qui mourront comme ils sont morts »

Victor Hugo



Hélas, les braves n’ont pas droit au repos ! Gabriel est aussitôt dirigé vers Salonique où une autre partie de guerre l’attend.

Salonique, port macédonien grec, dont la population en 1913 était de 157 000 habitants mais dont les foyers grecs étaient fortement minoritaires, ne dépassant pas les 40 000, est connue aujourd’hui sous le nom de Thessalonique.


Soldats français en bivouac à Salonique en 1915



À la suite de l'invasion par les armées austro-allemandes et bulgares de la Serbie, les alliés débarquent à Salonique avec des troupes repliées de l'expédition des Dardanelles. L'idée politique est de se porter au secours des troupes serbes qui se replient vers le sud et de maintenir ainsi le deuxième front que Winston Churchill a tenté de faire ouvrir sur les Détroits, sans succès.

À la suite de l'invasion par les armées austro-allemandes et bulgares de la Serbie, les alliés débarquent à Salonique avec des troupes repliées de l'expédition des Dardanelles. L'idée politique est de se porter au secours des troupes serbes qui se replient vers le sud et de maintenir ainsi le deuxième front que Winston Churchill a tenté de faire ouvrir sur les Détroits, sans succès. Seulement six jours à Salonique et il faut repartir en direction de la Serbie en passant par la ville de Verria.



               Une équipe de sapeurs français travaille à la réfection des rues de Verria pour le passage des camions  






Quatrième page

du carnet de guerre

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1915 – 1916



Le 28 octobre (1915) rentre en train régimentaire

Aide Boucher parti sur Rabreuvos Tatarli

De là reparti à Stroumitsa gare

Ensuite monté à Calicovot

Ensuite on a battu en retraite

On est venu s’arrêter à Vatiluc  gare de ravitaillement Topçin

Resté là jusqu’au 30 avril 1916

Parti à Vergetor Janesse, resté un mois,

parti à Calinova resté deux mois

Reparti à Gorgope, resté 20 jours

Evacué



 Cette quatrième page de carnet, particulièrement compliquée à éclaircir tant Gabriel est réducteur dans son récit, nous emmène dans ses premiers combats en Serbie. Aucune source d’archives militaire n’est de trop pour parvenir à déceler dans ses non-dits, les difficultés et malheurs qu’il a vécus.

Quelques rapides précisions tout d’abord :

-      « Rabreuvos » est Rabrovo et se situait ainsi que Tatarli en Macédoine aujourd’hui en Serbie

-      « Calicovot » est Kalkovo en Bulgarie ainsi que Stroumitsa qui deviendra Serbe après la guerre

-      « Vatiluc » est Vatiluk

-      « Vergetor Janesse sont deux villages voisins : Vergetor et Janes

-      «  Gorgope » est Gorgop  et aujourd’hui Gorgopi

-      Le récit de Gabriel est raccourci à l’extrême. Il part en Serbie le 25 octobre. C’est à la quatrième ligne de cette page qu’on peut lire « ensuite on a battu en retraite ». Or, il faut savoir, d’après l’historique du 175e que cette retraite s’est produite début décembre ! C’est donc en seulement trois lignes qu’il résume cinq semaines de combats.

Dès lors que Gabriel a très peu souvent orthographié correctement les noms des lieux, qui eux-mêmes sont pour la plupart des villages difficiles à trouver sur une carte non détaillée, la découverte de son itinéraire est laborieuse. Toutefois, après recherches, on peut l’établir ainsi de façon certaine :

 

-      Combats secteur de Rabrovo et Tartali (10) = 3 semaines

-      Déplacements à Stroumitza et Kalkovo (10) = 10 jours environ

-      Retraite jusqu’à Vatiluk = 12 jours

-      En poste pour travaux à Vatiluk (11) = 4 mois et demi

-      Occupation de la ligne de défense secteur de Vergetor (12) = un mois

-      Occupation du secteur arrière de Kalinova (12) = 2 mois

-      Cantonnement à Gorgop (12) = 3 semaines

L’historique officiel du 175e précise les évènements et les combats entre le 1er novembre et le 12 décembre.  D’autres sources parlent aussi et plus précisément le J.M.O de la 156e division car en effet, c’est à cette nouvelle division que le 175e de Gabriel est désormais rattaché ainsi que le stipule l’ordre n°3 du Général Sarrail en date du 12 octobre 1915 :


Au moment même où Gabriel fait route pour la Serbie, la 156e Division reçoit un ordre de mission précis :



Les généraux organisent et disposent les régiments de la Division selon le terrain et les objectifs ennemis. Les ordres concernant le Régiment de Gabriel se précisent dès le 28 octobre :


 





Le mois de novembre commence tout juste. Les combats font rage dans cette région froide et hostile. Les hommes n’ont pas d’abri et se blottissent comme ils peuvent les nuits.


 


Gabriel a participé aux durs combats contre les Bulgares dans ce secteur entre le 3 et le 20 novembre. Tout autour de lui, il voit périr 55 de ses compagnons d’armes du 175e :

- à Kajali : Emmanuel Ansaud 20 ans, Adrien Courdesse 22 ans, Gustave Delplanque 34 ans, François Gabet 20 ans, François Gaereminck 27 ans, Jules Grange 31 ans, Ernest Guilhaudin 21 ans, Léon Lhérondeau 25 ans, Georges Lombardot 20 ans, Jean Marie Malpel 20 ans, Adrien Queltier 21 ans, Gaston Renard 23 ans, Albert Rostagnat 20 ans, Victor Trente 34 ans, Léon Augonnet 20 ans, Erneste Bauval 21 ans, Henri Looseli 19 ans, Ferdinand Merle 32 ans, Elie Perrard 20 ans, Vital Toudic 32 ans, Victor Trente 34 ans,

- à Ormanli : Charles Aubin 23 ans, Noé Aufray 37 ans, François Belle 21 ans, Joannès Boichon 32 ans, Jean Boyron 32 ans, Jean Daillut 20 ans, Louis Dallens 20 ans, Jules Genestoux 24 ans, Michel Gorand 31 ans,Pierre Lécollier 22 ans, Etienne Pers 20 ans, Antoine Tauveron 26 ans, Joannès Thavel 24 ans, 

- à Dorol-Oba : Edmond Bert 26 ans, Edouard Bourrou 23 ans, Jean Cantillac 23 ans, Henri Pique 23 ans, Auguste Ponchon 28 ans, Jules Pouey 21 ans,

-     à Kostorino : Auguste Bonjour 20 ans, Maurice Brackers 28 ans, Henri Cousseau 25 ans,                              Jules Deymès 21 ans, Toussaint Echarlod 21 ans, Paul Egoas 21 ans, Kalfa Sebbah 35 ans,

-  à Tatarli : Emile Deguines 31 ans, Auguste Delcambre 21 ans, Charles Sidenne 20 ans,

-  à Calkali : Urbain Detaille 20 ans, Maurice Marcilly 21 ans,

 

-  à Memesli : Félix Neiron 23 ans, Emile Panel 30 ans, Pierre Praud 21ans,

 

 Tous étaient si jeunes. Tous étaient attendus dans leurs villages. Ils n’avaient rien contre ces   Bulgares qui les ont tués. Gabriel a tout juste 20 ans et demi. Il est sain et sauf après cet épisode.

La hiérarchie se doit de dresser un bilan de cette opération qui, une fois de plus a été un échec, les troupes alliées devant se replier sur Salonique. A la lecture du J.M.O. de la division, on ne perçoit pas beaucoup de sentimentalisme dans l’énoncé des pertes :


Le village de Kostorino aujourd’hui

Le soldat Louis Gastavino apporte un témoignage intéressant concernant la vie à Stroumitsa :

« Le lendemain avec ma section je redescends à Salonique où nous devons décharger du matériel qui nous est destiné. Nous quittons Salonique le 14 dans la nuit pour arriver à Stroumitza station le 15 au matin. Là je vois les premiers soldats Serbes tous déguenillés et très vieux. Là je mange des petites saucisses. La Cie laisse une section les 3 autres reviennent à Guevgueli, où nous arrivons le 16 à 13 heures. On nous loge dans une ancienne caserne sur de la paille. Nous ne sommes pas mal. Il y a encore pas mal de civils dans cette petite ville. Les femmes sont habillées à l'européenne, il y en a même qui sont assez bien.

Nous mangeons bien, beaucoup de légumes, vu que les champs sont abandonné et nous en profitons. Le 18 je prends la garde à la gare. Le chef de gare a 2 filles épatantes et d'un grand chic. Nous travaillons sur la route où par endroits nous avons de l'eau jusqu'à la ceinture.

A partir du 20 arrivent des réfugiés des villages que nous faisons évacuer. C'est vraiment lamentable devoir ces convois, les femmes et les enfants se traînant, le bétail restant en route et sans propriétaire. C'est un spectacle indescriptible.

Nous quittons Guevguevili le 22 dans la nuit pour regagner Stroumitza station. Nous touchons du pain serbe qui est bien loin de rivaliser avec le notre. Nous sommes employés à des travaux de route et surtout à la surveillance de civils qui travaillent pour nous.

La vie s'écoule douce et pas mouvementée. Pourtant l'ennemi avance et devant le nombre nous devons nous replier. Notre situation à la station de Stroumitza est alarmante car l'ennemi est disposé en fer à cheval autour de nous et menace de nous emprisonner. Nous commençons la retraite dans la nuit du 8 au 9 décembre.

Ma section a pour consigne de protéger un convoi de mulets du quartier général. Nous quittons Stoumitza vers minuit, la route est très mauvaise et il nous faut passer plusieurs gués avec de l'eau jusqu'à la ceinture. Nous nous enfonçons dans la montagne où nous avons pour tout chemin un tout petit sentier au milieu des broussailles. A 8 heures nous faisons une halte pour manger un brin et nous reprenons notre course. Nous longeons presque constamment les bords du Vardar qui sont par endroits très gentils mais je n'ai pas le temps de faire comme le lièvre. « 

Patrouille française sur le Vardar – 1916


Ce que Gabriel ne précise pas — peut-être parce que les troupes ne sont pas volontairement informées des stratégies en cours — c’est que sa division participe activement à « l’Expédition de Salonique » (13). Au cours du dernier trimestre de 1915, elle prend part également à « l’Opération du Vardar » ainsi qu’à la retraite vers Salonique. 

Les cinq mois et demi qui suivent voient le 175e Régiment engagé dans la mise en œuvre des travaux et dans l’organisation du camp retranché de Salonique. Parmi ses hommes, le soldat Joseph Pigassou appartenait à cette unité. Il côtoyait Gabriel, et son témoignage photographique (14), riche et précieux, revêt une importance capitale. 

Cependant, il est essentiel de comprendre la mission confiée à la 156e Division. 

Après l’échec de la première campagne de Serbie, fin 1915, qui causa la perte de 7 258 de nos hommes répartis entre différentes divisions — soit : 

- 57e Division d’Infanterie : 836 hommes 

- 122e Division d’Infanterie : 1 600 hommes 

- 156e Division d’Infanterie : 4 822 hommes 

Les armées alliées se positionnent alors autour de la ville de Salonique, en terre grecque, depuis 1912. 

Suite à la tragédie des Dardanelles, la France, soucieuse d’éviter un nouvel échec, souhaite que cette nouvelle expédition ne tourne pas à la catastrophe. Contrairement à la campagne de Dardanelles, où la responsabilité de l’initiative incombe principalement aux Britanniques, c’est la France qui, pour la campagne de Serbie et le déploiement en Macédoine, en est à l’origine.  

Concrètement, le maintien de troupes alliées en Orient, autour de Salonique, vise à empêcher la Serbie et le Monténégro de conclure la paix, à empêcher la Roumanie et la Grèce de tomber dans le giron de la Triple Alliance, et à préserver le prestige de la France dans les Balkans. Il s’agit également d’éviter que les forces ennemies s’emparent de la Méditerranée orientale, tout en préparant le terrain pour une nouvelle offensive dans la région lorsque le moment sera venu. Pour toutes ces raisons, et sans doute d’autres encore, les Alliés ont choisi de ne pas réembarquer, mais de se positionner stratégiquement autour de la ville de Salonique.

Le choix de ces positions s’est porté sur la région de Salonique, nichée au fond d’un golfe portant son nom. C’est sur ces positions que les forces alliées ont été déployées : à l’ouest pour les Français, à l’est pour les Anglais, dans une zone plus escarpée, plus montagneuse.

Ce plan a été en partie élaboré par le Lieutenant-colonel Filloneau et le Lieutenant-colonel Rougier. Plusieurs configurations ont été étudiées, mais c’est sur la base de leurs propositions que repose la défense du Golfe. Les travaux ont débuté le 10 décembre, à la faveur de l’accord du Lieutenant-colonel Paillis, représentant du gouvernement grec, qui n’a pas opposé d’obstacle à ce que l’ennemi franchisse la frontière grecque. La nécessité d’agir avec célérité et efficacité s’est alors imposée. Des reconnaissances sur le terrain ont permis de tracer les positions de retranchement, avec en avant quelques avant-postes pour surveiller la zone.

C’est ainsi que Gabriel a participé à cette organisation durant quatre mois et demi, stationnant à Vatiluck et Topçin, puis un mois supplémentaire, plus haut, à Vergetor et Janes, où il est probablement resté tout le mois de mai.

Les archives ne font pas état de combats majeurs dans cette région pour la 156e division. Cependant, les conditions de vie y étaient particulièrement ardues, car il faut bien se représenter que les soldats y sont arrivés en décembre, confrontés au rude hiver serbe, bivouaquant en plein air tout en assurant leurs tâches quotidiennes.

Est-ce durant cette période que Gabriel a eu les pieds gelés ? La question reste sans réponse précise, mais il est raisonnable de le supposer. Certains comptes-rendus du Journal de Marche et d’Opérations (J.M.O.) de la division évoquent d’ailleurs les difficultés liées aux conditions climatiques, témoignant du climat rigoureux et des épreuves endurées par les soldats.








Ricciotto Canudo est un soldat français d’origine italienne. Il vit cet hiver à Vatiluck. Romancier et écrivain, il consacre un poème à Vatiluck :



Gabriel peut alors savourer les mois de juin et juillet dans un secteur calme un peu plus bas, à Kalinova avant de repartir en cantonnement trois semaines.

Le J.M.O. précise l’installation du 175e R.I. entre le village de Tumba et le Gorgop Deresi en date du 2 août 1916.

Le régiment reçoit l’ordre de mouvement le 21 août. Les troupes embarquent en train. La ville de Vertekop est la destination, prélude aux combats dramatiques entourant Monastir.




On sait que Gabriel ne figure pas parmi les troupes embarquées dans ces trains. Il a déjà été évacué de Gorgop une semaine plus tôt.

Certes, il mentionne bien cette évacuation, mais du fait qu’il est dirigé vers l’hôpital de Salonique, on peut fortement imaginer une raison de santé, bien qu’aucun combat n’ait été signalé dans les différents J.M.O.

Gabriel a, de fait, tenu à garder le secret autour des raisons de cette hospitalisation.







Cinquième  page

du carnet de guerre

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1916





….de Gorgope le 15 août 1916

Arrivé à Salonique le 22 août à l’Hôpital aux n°1

Ressorti le 1er septembre 1916, rentré au dépôt

Reparti au front le 13 septembre

Aller jusqu’à Veria en chemin de fer puis de Veria à Grisola à pied, Banica Petoraque

Rentré à la 7° cie le 26 septembre 1916

Blessé le 14 novembre 1916 à midi, ramassé sur le champ de bataille le 15 au soir

Emporté à l’ambulance alpine n°1 jusqu’au 19

Reparti



 Il n’est pas possible de déterminer le motif du délai de 8 jours pour parvenir à l’hôpital auxiliaire (voir page 9) alors que Gorgop et Salonique sont géographiquement proches.

Dans cette cinquième page, sont énumérés par Gabriel de façon déconcertante, les événements les plus dramatiques pour lui, des marches forcées, des combats, des blessures, le tout en à peine quelques lignes. Il faut en savoir plus. Il faut aussi comprendre.

Les événements décrits dans cette page s’inscrivent plus globalement dans « La Bataille de Monastir » dont il faut bien intégrer les motivations et les enjeux (16)Dans la précédente, nous avons bien compris que Gabriel se sépare temporairement de son régiment pour raison d’hospitalisation.

Alors que les troupes embarquent en train afin de se diriger vers des zones stratégiques et cantonnent à Rizovo (17) un peu au nord de Verria, Gabriel, à la fin de ses soins, est réexpédié par voie ferrée jusqu’à Verria afin de rejoindre son unité qui se prépare aux combats.

Ensuite, c’est en marche forcée que son groupe rejoint le village de Galisan (voir la carte).

Le 12 septembre le 175e R.I. associé au bataillon russe, remporte la bataille du Subrec. Gabriel n’a pas encore rejoint son régiment, mais c’est chose faite à Neveska deux jours après.

Le 15 septembre l’ordre de mouvement est donné :


Et le 16 septembre un nouvel ordre :



Déplacements et positions du 175e R.I. en septembre 1916


Le 17 septembre le régiment de Gabriel a légèrement bougé, son bataillon se positionnant entre les villages de Vitolom et Rosna :





Les ordres émis par le Général Sarrail commandant l’Armée d’Orient redescendent en cascade. Le Général commandant la 156e Division positionne plus précisément le 175e R.I.




et alors que Gabriel se limite à mentionner les noms des villages de Banica et Pétorak (18), les ordres écrits sont plus explicites quant à la stratégie de l’armée :

 


A la fin de cette journée de combat du 17 septembre 1916, le journal indique laconiquement :

Les hommes n’ont plus de nom. Ils ne sont qu’un nombre de tués. Or, ces trois hommes tués ce jour se nommaient Joseph Aldegon, Paul Chevalier 33 ans, et Maurice Viroulaud 21 ans, tous tués au lieu de Rosna.

Le 18 septembre, le 175e a bien reçu un ordre d’attaque qui toutefois ne sera pas exécuté, les appuis dont il devait bénéficier n’étant pas présents, malgré la préparation de l’artillerie déclenchée vers 16 heures.

Le 19 septembre est une journée excessivement difficile pour le régiment de Gabriel. Les Bulgares bien décidés à conserver leur position sur Petorak lancent leurs attaques sur la ligne complète y compris avec leur cavalerie traditionnelle dont Gabriel gardera longtemps le souvenir.



Le bilan de la journée est très lourd.



Maison à Petorak après bombardement


Du fait de ses pertes très conséquentes, le 175e est reconstitué le 20 septembre avec deux bataillons seulement au lieu de trois à son origine. Le premier se positionne au Nord-Ouest de Vitolom et sert de soutien à l’artillerie, le second à Vitolom en réserve avec l’Etat Major.


Le Général Sarrail ne perd pas de vue l’objectif de prise de Monastir. Peu importe les pertes subies et les ordres fusent à nouveau :



Gabriel nous signale son entrée à la 7e compagnie à compter du 26 septembre, ce qui nous fait supposer qu’il change de bataillon et passe ainsi au 2e bataillon au lieu du 3e tel que le croquis suivant le situe tout près de Florina.

Dans cette journée du 28 septembre, les bombardements ennemis sont incessants, tandis que nos soldats s’emploient à organiser et creuser encore leurs tranchées.


Les positions sont changeantes très rapidement. La 7e compagnie de Gabriel se trouve déplacée le long de la voie ferrée :

C’est précisément en raison de cette nouvelle position que la compagnie de Gabriel voit apparaître trois déserteurs bulgares venus se rendre aux Français :


Puis le bataillon de Gabriel reçoit l’ordre de se déplacer à 400 mètres au nord-ouest de Kalenik le 21 octobre et d’y établir bivouac. A la fin de cette journée, le 175e compte trois soldats tués.



La fin du mois d’octobre approche et les conditions météorologiques se dégradent rapidement. Pluies et froid compliquent sérieusement la vie quotidienne des soldats, d’autant que les combats ne sont pas la seule activité, les travaux sous le feu ennemi en font partie.

Le 23 octobre le J.M.O. rend compte :



Puis… quatre tués supplémentaires. Cela devient dramatiquement routinier. A chaque fin de journée s’établit la comptabilité des morts.

Au tout début du mois de novembre 1916, les pluies tellement intenses qu’elles ont détrempé les terrains au point de rendre impossible tout combat, le Commandement Général décide de modifier certaines positions. Le 175e est envoyé en cantonnement à Vakufkoj (voir carte).

 


Une important bataille se prépare : la Boucle de la Cerna. Région difficile d’accès. Conditions hivernales. La 17e Division d’Infanterie Coloniale en appui de l’armée Serbe se prépare à l’offensive. Il s’agit de contraindre les Bulgares au repli pour libérer l’accès à Monastir.Le Général Leblois lance un ordre le 12 novembre 1916 qui sera lourd de conséquence pour Gabriel. Le 175e R.I. est en quelque sorte « prêté » en renfort à la 17e D.I.C.



Dès le 13 novembre à 2h30, tous les comptes rendus de la 156e Division ignorent complètement le régiment de Gabriel et ce qu’il a pu lui advenir.

Pour en savoir plus, il faut aller chercher l’information dans d’autres archives, celle de la 17e Division d’Infanterie Coloniale d’une part, celle du Quartier Général de l’Armée Française d’Orient d’autre part le 17e D.I.C dit ceci :


Il est midi. Comme prévu par les ordres le 35e D.I.C. et le 175e R.I. donnent l’assaut sur l’ennemi Bulgare.

Gabriel tombe dès les premières minutes, ici, à Rahmanli. Une balle ennemie l’a transpercé de part en part.

On retrouve le bilan humain de cette journée dans le J.M.O. du Quartier Général selon le rapport fourni par le commandant de la 17e Division.



Pour le 175e R.I. les pertes humaines sont considérables. Si Gabriel a la chance de s’en sortir vivant, trente cinq de ses compagnons laisserons leur vie sur cette terre de Rahmanli en quelques heures seulement.

Antoine Béraud 21 ans, Marcel Chasseriaud 22 ans, Louis Coupaud 24 ans, Edouard Crognier 22 ans, Emile Damian 20 ans, Armand Darmagnac 21 ans, Jean Duchamp 24 ans, Joannès Duillon 25 ans, Jean Claude Ferraton 21 ans, Julien Gascoin 27 ans, Jean Génébrier 21 ans, Emile Goujon 34 ans, Jean Gourgues 32 ans, Jean Jhean 21 ans, Charles Joubert 23 ans, Louis Lababrègue 21 ans, Marcel Lamarre 20 ans, Jean Marie Lebon 21 ans, Constant Lenoir 20 ans, Léon Lesclaux 24 ans, Léon Mahé 22 ans, Pierre Millot 24 ans ,  Pierre Mouchet 22 ans, François Notin 33 ans, Henri Nugier 22 ans, Jean Olivier 21 ans, Antoine Ollagnier 21 ans, Jules Ploquin 23 ans, Jean Rabret 33 ans, Gabriel Ribeyre 23 ans, Marcel Richaud 19 ans, Léon Roux  24 ans, Thomas Thévenoux 22 ans, Pierre Vitry 22 ans,

 

ne revoient pas leur France natale. Sur le monument aux morts de leur village, chacun a, peut-être la mention « Mort pour la France ». Bien maigre consolation pour leur famille, mais les autorités militaires se gardent bien d’avouer qu’ils sont morts pour aider les Serbes à reconquérir un bout de terre.

Le rapport ci-dessus ne détaille pas entre les morts et blessés. Toutefois le décompte est simple. 280 hommes et 10 officiers sont hors de combats. Gisant sur cette terre il reste 255 blessés, dont Gabriel, à évacuer.

L’évacuation n’est pas simple. Les conditions météo, le froid de l’hiver, l’attaque a une nouvelle fois été un échec et les brancardiers doivent agir sous la mitraille.


 


Gabriel reste à terre dans le froid et la boue sans pouvoir bouger durant trente heures. Est-il possible d’imaginer ce qu’un homme peut ressentir en pareille position ? Pense-t-il rester vivant ? Vers qui ou quoi vont ses pensées, là, parmi les corps meurtris ou sans vie ? Entend-il les gémissements, les cris, les hurlements des autres gamins de 20 ans parfois déchiquetés qui l’entourent ?

Il est enfin récupéré vivant, évacué vers l’Ambulance Alpine n°1 qui semble manquer cruellement de moyen. Témoignage du J.M.O du Service de Santé de la 17e Division en date des 14 et 15 novembre :

 



Quoi de mieux qu’une photo datée pour visualiser une évacuation de blessé :













Sixième  page

du carnet de guerre

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1917









….parti pour Salonique

Rentré à l’hôpital 2 Princesse Marie le 20 novembre 1916

Evacué base navale le 16 janvier 1917

Débarqué à Toulon le 21 janvier

Rentré à l’hôpital 206 hôtel des palmiers à Nice le 22 janvier

Sorti le 16 février 1917, parti en convalo le 25

Ensuite rejoint le dépôt du 175e à Grenoble le 15 mars 1917

Obtenu une permission de 29 jours étant inapte  pour




Gabriel peut enfin être soigné de ses blessures six jours après  ce terrible après-midi du 14 novembre 1916.

L’Hôpital Temporaire n°2 de Salonique porte aussi le nom de « Princesse Marie ». Ces quelques vues prises en 1915 et 1916 facilitent l’imagination.







Les salles d’opération :





Intérieur d’une tente réservée aux scorbutiques

Salle de radiographie


Gabriel reçoit ici les soins nécessaires avant son rapatriement en France. Il reste deux mois.

Il est fort probable qu’il soit déjà atteint par le scorbut.

Enfin, après cinq jours de navigation, il foule le sol de France, après deux années d’absence.

La France en cas de guerre n’a pas la capacité hospitalière suffisante pour accueillir tous ses blessés. Dès 1914, le gouvernement réquisitionne les grands hôtels et palaces, sur des périodes déterminées afin d’être transformés en établissements de soins. Ceux des Alpes Maritimes sont assez grands et assez nombreux pour remplir cette tâche et idéalement situés pour les blessés d’Orient.

Gabriel est accueilli au Grand Hôtel des Palmiers situé au 44, Boulevard Victor Hugo à Nice.

Ce palace d’une capacité de 300 lits devient pour la circonstance, l’Hôpital n° 206 de la 15e Région Militaire.




C’est pour lui un refuge de paix après deux années d’enfer certes mais c’est aussi une plongée devant une exposition d’horreurs.

Quelques extraits écrits par Raoul Mille, journaliste et écrivain niçois:

« Aux cuisines, là où on a installé les tables d’opération, c’est déjà le trop-plein. Les chirurgiens pataugent dans le sang, quand ils approchent de la table les estropiés, ceux qui en ont la force, se mettent à gueuler. Ils se débattent jusqu’au moment où l’infirmier leur plaque le masque d’éther sur le visage. Ils gueulent de peur, ils gueulent de douleur, ça remonte dans les étages, le salon de thé, la salle de musique, les couloirs où on a enlevé les tapis de luxe pour que les chariots roulent mieux, les protéger du désastre. Les grands hôtels : le Majestic, le Ruhl, le Négresco, l’Alhambra, le Grand Hôtel, le Regina, l’Impérial, le Continental, le Royal, l’Hermitage, Les Palmiers ont dû s’habituer à la misère humaine, aux amputations, au sang qui se répand, aux odeurs. Dès août 1914, on les avait réquisitionnés, les hôpitaux du Nord et de l’Est n’avaient plus de place. Les derniers clients ont bouclé leurs valises, on a entassé le mobilier, les commodes Empire, les chaises Louis XV, les causeuses XVIIIe dans le jardin, abrités de la pluie et du vent par de simples bâches.»

« L’alouette m’a réveillé, timide, elle venait du fond du jardin, derrière le bâtiment, son chant sautait de branche en branche. […] Je ne fus pas le seul à l’entendre, son chant pénétra la grande salle, il roula sur les lits froissés de nuit. Un instant, quelques minutes, il rappela aux malades, aux blessés, aux manchots, aux unijambistes, aux défigurés, aux opérés, à ceux dont la vie s’échappait avec le pus, enfin à tous ceux qui ne croyaient plus avoir une âme, que oui, ils étaient des hommes et que ce chant d’alouette, une toute petite alouette, pouvait leur rendre deux sous d’espoir. »

« Langlois était directeur de banque avant qu’un obus lui arrache la moitié de la gueule. On a du mal à comprendre ce qu’il dit. Il fait si peur aux autres, et à lui-même, qu’il ne sort que la nuit malgré l’interdiction de se balader dans les couloirs après neuf heures. »

« Martin me décrivaient des blessés, pas même défigurés, murés dans le silence, les yeux vides que l’on emmenait prendre le soleil dans les jardins longeant le bord de mer. Ils avançaient telle une armée de fantômes, insensibles, indifférents, ils ne sortaient de leur torpeur que lorsqu’une porte claquait trop fort. Alors, on voyait leurs bras se croiser sur leur crâne, leur tête s’enfoncer dans leur cou, leurs épaules se lever. Les moins mal-en-point se jetaient sous le lit. Ils pouvaient rester des heures prostrés. » 




Une publicité qui en dit long :


L’Hôtel des Palmiers a changé de nom et de façade. Aujourd’hui, il se nomme le Splendid et affiche une affreuse façade contemporaine.

Le séjour de Gabriel est de courte durée. Le 25 février une convalescence de trois semaines est la bienvenue suivie d’un retour à la caserne du 175e à Grenoble puis d’une permission bien méritée

D’un mois jusqu’à mi-avril 1917. Il approche de ses 22 ans.







Septième page

du carnet de guerre

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1917




….les dents

Commencé d’arracher les dents le 1er juin, fini le 8 juin

Le 10 parti en équipe agricole de 20 jours dans la Drôme aux Vaures commune de Livron les 20 jours

Ecoulé une prolongation de 10 jours, rentré au dépôt le 12 juillet

Le 16 reparti en permission de 15 jours avec une prolongation de 8

Rentré au dépôt de nouveau le 12 août

Le 13 rentré à la clinique dentaire…..



   Pendant huit jours Gabriel se fait arracher les dents. On présume que cet arrachage lui coûte la totalité de sa dentition. Il n’en dévoile pas les motifs. Toutefois les maladies aboutissant à cette extrémité ne sont pas légion. Chez les Poilus elles sont connues : le scorbut et la gingivite

Documentation :

Le scorbut :

Le scorbut est une maladie due à une déficience en vitamine C qui se traduit chez l'être humain, dans sa forme grave, par le déchaussement et la purulence des gencives, des hémorragies, puis la mort.

Le scorbut, quasi omniprésent, majore considérablement toutes les autres pathologies, même les plus bénignes, pouvant parfois les rendre mortelles.

Le scorbut se manifeste initialement par de la fatigue, puis par des œdèmes des bras et des jambes, puis des hémorragies des muqueuses du nez et des gencives, et des ecchymoses nombreuses sous la peau. Les dents se déchaussent jusqu'à tomber. Incapables de se tenir debout, les sujets atteints meurent d’épuisement ou d’une complication infectieuse respiratoire. 

 


La Gingivite, La bouche des tranchées :

Appelé également «angine de Vincent» , «ou celui de gingivite ulcéronécrotique» . C'est une forme de gingivite très grave, c'est une combinaison de 2 bactéries. Cette maladie provoque un oedème des saignements et une mauvaise halène. Les gencives sont grises et parfois déformées. Les papilles (partie pointue de la gencive entre les dents) s'aplatissent et comportent des tissus morts. Elle a souvent été associée a divers ennuis de santé tels que des maladies des poumons, des maladies cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux et des crises cardiaques.


Dans le domaine des maladies des Poilus, il en est une dont Gabriel souffrira toute sa vie. Il ne s’agit peut-être pas de gelure comme les apparences peuvent le laisser supposer :

Documentation :

 Le pied des tranchées :

 Cette infection a été décrite la première fois au cours des hivers 1916-1917 chez les Poilus de la Première Guerre Mondiale. Elle est favorisée par la déshydratation, une alimentation défectueuse, la situation de stress, la fatigue et certaines maladies associées. Elle est également favorisée par le port de vêtements ou de chaussettes serrées qui gène la circulation sanguine, l'exercice physique par temps froid et humide surtout chez les fumeurs.
Les pieds sont froids, blanc jaunâtre, ou tachetés de bleu-noir avec un œdème important. Ils passent de l'insensibilité, voire de la paralysie avec arrêt de la circulation sanguine à une augmentation de la température de la peau avec douleur parfois accompagnées de bulles lors du réchauffement. Une diminution de la sensibilité peut persister des semaines voire des mois. La circulation sanguine redevient progressivement normale, mais il persiste une hypersensibilité aux variations de température, le froid provoquant une contraction intense des vaisseaux et la chaleur, une dilatation de ces vaisseaux et une sudation importante. Exceptionnellement, il peut apparaître une gangrène. Le traitement consiste à sécher les pieds tout en les gardant en ambiance froide modérée. Contrairement au traitement des gelures, il ne faut pas réchauffer les pieds brutalement, mais faire un réchauffement général de l'organisme par une abondance de boissons chaudes en évitant le café qui provoque une contraction des vaisseaux. En fait, le traitement est essentiellement préventif : pieds secs, chaussons et bottes non serrées, réchauffement général et déchaussage fréquent.




Après cet épisode, malgré sa douloureuse intensité, Gabriel fut envoyé dans la Drôme. Aujourd’hui, il peut sembler étonnant de se demander comment, en temps de guerre, des soldats ont pu être mobilisés pour effectuer des travaux agricoles. 

L’emploi de soldats dans les travaux des champs n’était en réalité pas une nouveauté en 1917. La gestion de la main-d’œuvre agricole pendant cette période s’organisa de façon progressive et stratégique. 

**L’organisation du service de la main-d'œuvre agricole** : 

Face à la diminution des travailleurs agricoles disponibles, le président du Conseil, Viviani, lança dès août 1914 un appel aux femmes pour pallier cette pénurie. En 1915, des efforts furent déployés pour constituer des équipes de travailleurs issus des prisons. Cependant, ces initiatives se révélèrent insuffisantes. Lorsqu’on tenta d’accroître leur effectif, on se heurta à une pénurie d’hommes disponibles pour en assurer la garde. La recherche d’hommes non mobilisés, notamment via la circulaire ministérielle du 27 juillet 1916, échoua également : en Sarthe, par exemple, on ne parvint à recruter que 21 volontaires, alors que l’année précédente, 20 militaires du 28e RIT étaient chargés de surveiller 70 prisonniers dans une carrière. 

 

 

C’est dans ce contexte que, le 12 janvier 1917, une circulaire du ministère de la Guerre modifia la gestion de cette pénurie de main-d’œuvre. Elle préconisa la mise à disposition des hommes des classes 1888 et 1889, qui furent détachés comme main-d'œuvre agricole. Ces soldats, plutôt que d’être envoyés au front, furent affectés aux travaux des champs, dans le cadre d’un service militaire dérogatoire. 

Les hommes bénéficiant de cette mesure furent répartis en deux catégories : 

- **Catégorie A** : propriétaires exploitants, fermiers et métayers, renvoyés dans leurs exploitations, tout en restant soumis à un engagement hebdomadaire envers la communauté, malgré leur statut de propriétaires. 

- **Catégorie B** : ouvriers agricoles et agriculteurs issus des régions occupées, affectés à une commune ou à une exploitation spécifique. 

La mise en œuvre de ce dispositif nécessita la création d’une administration dédiée, organisée par la circulaire du 31 janvier 1917 du ministère du Commerce, de l’Agriculture, du Travail, des Postes et Télégraphes. Son objectif principal était clair : « Maintenir, voire augmenter à tout prix, la production du sol national, alors que la main-d’œuvre habituelle venait à manquer de plus en plus. » 

Le 6 mai 1917, une décision ministérielle vint étendre ces mesures, en incluant les soldats du service auxiliaire des classes 1895 et antérieures, ainsi que certains pères de famille, notamment ceux de cinq enfants ou veufs, de classes spécifiques, afin d’accroître encore la mobilisation de cette main-d’œuvre volontaire. 

Ainsi, dans un contexte de guerre où chaque ressource était mobilisée, l’utilisation de soldats pour les travaux agricoles témoigne de l’ingéniosité et de la détermination des autorités à maintenir la production nationale face aux défis sans précédent de l’époque.

Soldats aux champs en 1917

Gabriel est affecté aux  travaux  au hameau « Les Vaures » jouxtant la commune de Livron.Aujourd’hui Les Vaures sont intégrés au village pour en devenir un quartier :

Plan de Livron

On peut aisément imaginer le bonheur de Gabriel plongé dans l’univers agricole qu’il a quitté depuis plus de deux ans.

Bonheur de courte durée et Gabriel entre en clinique dentaire, vraisemblablement pour se faire appareiller le 13 août 1917.

 



            Huitième page

du carnet de guerre

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1917 - 1918

 

 




…pour les dents

Sorti le 20 septembre, parti le 22 en permission de 19 jours

Revenu au dépôt le 15 octobre, parti à Briançon déblayer la neige le 22 octobre

Revenu à Grenoble le 4 décembre 1917

Le 15 parti en permission de 7 jours

Rentré à Grenoble le 26, parti en renfort le 29 au matin

Arrivé à Marseille le soir à 10h

Reparti le 10 (janvier 1918)  2h du matin, arrivé à Livourne le 12 au soir 8h

Reparti le 13 au soir 9h

Le 14 de passage à Rome à midi, reparti à 2h




Gabriel n’indique pas la Clinique qui a pris en charge ses soins dentaires importants si l’on en juge par la durée de son séjour (37jours).

Après un bref passage à la caserne du 175e à Grenoble le voilà envoyé en mission « neige ». L’hiver rude et précoce de 1917 conduit les autorités à demander l’aide de l’armée pour dégager les routes d’accès à la ville de Briançon. Il reste 40 jours, probablement cantonné à la Caserne Berwick :


Dans sa grande mansuétude, l’autorité militaire accorde à Gabriel quelques jours de permission qui lui permettent de passer enfin un Noël en dehors. Le lendemain 26 décembre il est de retour en caserne et prépare son paquetage car son séjour en France s’achève.

1917 reste une année parenthèse pour lui, loin des horreurs des combats. Demain il reprend le chemin de la guerre sans encore se douter que cette année de tranquillité relative va lui coûter bien cher. Via Marseille, le 12 janvier 1918 il est à Livourne en Italie :


Enfin, Rome le 14 janvier.






Neuvième page

du carnet de guerre

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1918

 



….pour Foggia

Arrivé le 15 (janvier 1918) à 11h du matin, reparti à 13h

Arrivé à Tarente le 16 à ( ?) du matin

Reparti de Tarente le 17 au matin, embarqué sur le Timgad

Parti le 17 au soir de Tarente

Arrivé à Corfou le 18 à 9h du matin

Reparti le soir à 5 heures, arrivée à Itéa le 19 à 3h du soir

Reparti le 21 à 7h du matin, arrivé le 21 au soir à Bralo

Reparti le 22 (janvier) à 3h pour Salonique, passé à Larissa, Cathina, Plati, gare des Orientaux le 23 à 2h du soir

Au camp de Zetinlique (Zeitenlik ) à 15h




Gabriel s’était à nouveau familiarisé avec la vie sur son sol natal. Il aurait volontiers prolongé cette période de répit si les hautes autorités militaires n’en avaient décidé autrement. Tout au long de l’année 1917, le front d’Orient demeure actif et en mouvement.

Depuis décembre 1917, le Général Sarrail a été remplacé à la tête des Armées d’Orient par le Général Guillaumat. Ce dernier entreprend une profonde réorganisation du commandement en instituant un état-major interallié, et parvient à obtenir des ressources matérielles essentielles, lui permettant d’envisager la poursuite d’une offensive. Ses efforts visent désormais à préserver l’intégrité du front macédonien tout en y concentrant le plus grand nombre de forces ennemies.

Progressivement, la situation des Alliés s’améliore. L’Empire ottoman, préoccupé par les événements sur son front d’Asie, l’Autriche, immobilisée devant le front italien, et l’Allemagne, concentrée sur son offensive en France au printemps 1918, retirent une partie de leurs troupes des Balkans. La Bulgarie demeure ainsi le principal adversaire. Le maximum de troupes est mobilisé pour renforcer le front.

C’est en train qu’évolue la traversée de l’Italie par Gabriel. Il doit embarquer à Tarente pour rejoindre son régiment en Serbie. On peut supposer que, face aux paysages italiens qui défilent, son regard n’est guère illuminé par la joie ou l’allégresse.



                                                                       Vue du port de Tarente



Dans le port de Tarente, les navires attendent les troupes venant de France. Gabriel grimpe à bord du TIMGAD. Ce que l’on sait sur ce bâtiment tient en quelques chiffres :

TIMGAD Croiseur auxiliaire, Transport de troupes (1914 -1920)           

   Chantier :             

Ateliers et Chantiers de Provence, Port de Bouc        

Mis à flot : 1911        

En service : 13.12.1914    

Retiré : 16.07.1920        

Caractéristiques : 5 230 t                 

Observations :   

Paquebot de la Compagnie Générale Transatlantique      

13.12.1914 - 28.06.1915 : réquisitionné, armé en croiseur auxiliaire       

18.06.1916 - 16.07.1920 : réquisitionné, puis armé en transport de troupes   

11.1916 - 16.01.1917 : opérations d'Athènes  

1920 : rayé 



L’itinéraire suivi par Gabriel et ses compagnons est, en réalité, mis au point depuis des mois. Ce que l’on en sait aujourd’hui est l’exact reflet de la page de Gabriel.

Le 22 juillet 1917, le service des transports Tarente - Itéa commence à fonctionner. Les troupes de l'Armée d'Orient arrivant par voie ferrée à Tarente, sont conduites par mer à Itéa, petit port Grec; on réduit au minimum les risques en effectuant de nuit la partie dangereuse de la traversée, entre le débouché du golfe de Tarente et l'entrée des îles Ioniennes. D'Itéa les hommes sont transportés en camions automobiles jusqu'à Bralo, où ils prennent le train pour Salonique.

Ce service placé sous la direction immédiate du Commandant en chef est assuré d'abord par quelques vieux croiseurs, puis par des paquebots de la ligne d'Alger.  Le Timgad est de ceux-là. Il se poursuit sans incident pendant quelques mois. Mais sa régularité ne tarde pas à tenter les sous-marins ennemis. Le 12 décembre, l'U-C 38 à l'affût entre Sainte-Maure et Céphalonie, torpille sans succès les transports de troupes. Le 14 décembre, il recommence son attaque et réussit à couler le Châteaurenault. Les torpilleurs d'escorte Lansquenet (C. C. Charezieux) et Mameluck (C. C. Girardon), réagissent immédiatement et parviennent à couler l'assaillant. 



Itéa, servait autrefois de port à la célèbre ville de Delphes. C’est la fin de la partie maritime du voyage. Les troupes sont alors entassées dans des camions pour une longue et périlleuse route de montagne. Joachil Le Sourd, autre poilu voyageant tel Gabriel apporte son témoignage :


Transport des troupes de Itea au camp de Bralo


A partir de Bralo, le transport des troupes se poursuit en train, les Poilus sont « chargés » dans des wagons à bestiaux, direction Salonique en passant par les villes  de Larissa, Skatina, Plati.

Enfin, le 23 janvier 1918, Gabriel est de retour à Salonique et débarque à la gare des orientaux :





Le cantonnement est fixé au camp de Zeitenlik à proximité de Salonique :


Cimetière français à Zeitenlik







Dixième page

du carnet de guerre

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1918







Parti de Zetinlique le 28 février 1918 7h du matin pour Hortackoj au centre de mitraille, arrivé le 28 à midi

Commencé le stage le 2 mars 1918, fini le 23 mars

Revenu à Salonique le 24 mars et reparti à la compagnie i.d. le 27

Arrivé à Florina le 28 au matin, resté jusqu’au 2 (avril) à Armenohor jusqu’au 4, du 4 au 5 Armensko

Le 5 au 6 à Zelovo

Du 6 au 7 à Breznica, Sizoderi, et Zelovo, Biklista, Tipesika




Zeitenlik. Lorsque Gabriel y séjourne, c’est un vaste camp militaire à trois kms au nord de Salonique, entre les routes de Sérès et de Monastir, où les autorités grecques ont décidé d’y installer toutes les armées alliées.

Aujourd’hui cela reste un cimetière où des milliers de braves reposent. (19)


Pendant un mois Gabriel vit au rythme du camp, parfaitement organisé, et un peu éloigné des combats. Un Poilus du 45e R.I. témoigne :

« Le camp est à ce moment une vaste plaine mamelonnée, sans un arbre, à la végétation pouilleuse. Il est coupé de ravineaux dont les bords à pic, creusés par l’écoulement des eaux, ont 2 à 3 mètres de haut. Les Français y ont dressé leurs tentes marron, triangulaires et basses, et les Anglais leurs marabouts blancs et coniques, superbement alignés.

Nous dressons nous-mêmes nos petites habitations de toile et nous allons vivre là jusqu’au 12 Novembre une vie réglée par des sonneries de clairon précédées du refrain du régiment, une vie qui nous rappellera le camp de Sissonne et le temps de la paix.

Le « filon » c’est d’aller à Salonique. Il y a toujours des volontaires pour les corvées qui s’y rendent. La traversée de la ville est pittoresque, grouillante d’une vie toute orientale.

La rue Egnatia et la rue Vénizélos sont remplies d’une foule innombrable de Saloniciens, d’Anglais, de Français, d’attelage de toutes sortes, de chevaux, de bœufs aux cornes longues et effilées, d’ânes, de mulets, d’auto-camions, d’arabas et de motocyclettes. Les cireurs de chaussures et les crieurs de journaux Français et Espagnols (car Salonique, ville grecque, parle surtout l’espagnol et le français) manifeste une agitation désordonnée.

Le petit commerce local est multiple et bigarré, avec ses commerçants au type juif prononcé, assis devant leur porte lorsqu’ils ne racolent pas obséquieusement le client probable. Les marchands de vêtements militaires, de bottes, d’objets de campement, de tabac à la marque : « Le Poilu, vive les Allié » sont évidemment éclos d’hier. Mais les marchands de yogourth, de pastèques, de fritures, de glaces, les ferblantiers, les brodeurs aux fils d’or sur velours violet ou bleu foncé, les rapetasseurs de sandales, semblent avoir toujours fait corps avec le sol où s’élèvent leur boutique.

Sur le tout, un ciel immuablement clair et bleu qui rend plus crue la blancheur des mosquées, plus nettes les teintes acides des fruits qui pendent aux éventaires, plus vifs les bariolages des tapis qu’on expose aux désirs des passants, plus étincelantes les cuivreries des marchands d’eau et plus rouges les chairs saignantes des bestiaux mal abattus et mas découpés qui s’accrochent à même le trottoir sur l’étal sanglant des bouchers.

Quand on peut lâcher la corvée (et c’est assez facile) on passe aisément une heure aux terrasses de Flocca et de Bastasani où l’on sert avec les « mézés », la bière et le raki. Si l’on dispose d’un peu plus de temps, le beuglant de la Tour Blanche peut vous accueillir, ou bien encore les « Pensions » de la rue Max Harden où se coudoient tous les âges et tous les grades dans le plus aimable laisser-aller.

Quand on rentre au camp, on peut encore s’attarder au quartier tzigane dont la rue du Vardar forme la voie centrale et dont une des curiosités les plus imposantes est une nommée Gaby qui présente ses 120 kilos dans un costume de marin aux pantalons courts. »




Gabriel Billonnet à Salonique en 1918



A 14 km à l’Est de Salonique, un centre d’instruction des armées alliées, Hortackoj, accueille toutes les troupes à l’entraînement. Gabriel y est envoyé trois semaines en exercice.

Le 27 mars il repart en opérations. Il doit retourner exactement dans le secteur où il a été blessé il y a quinze mois, on imagine son émotion. De plus, si autrefois il combattait aux côtés de soldats russes, le contexte international a passablement été modifié. Les alliés d’hier ne sont pas forcément ceux d’aujourd’hui. Tandis que Gabriel était encore occupé à déblayer la neige dans le Briançonnais, les bolcheviks russes se révoltaient en octobre 1917. La révolution russe a un impact direct sur le moral et le comportement des troupes russes, alors alliées de la France et de l’Angleterre. Des soldats russes contestent de plus en plus les ordres, sont surpris à fraterniser avec l’ennemi bulgare qui ne se gêne pas pour profiter de la situation.       C’est ainsi que le commandement de l’Armée Française d’Orient est inquiet au plus au point quant à la fiabilité de tels alliés. Autre changement depuis le retour de Gabriel : le Général Sarrail a été rappelé et remplacé par le Général Henrys. Celui-ci réalise la situation et le 2 janvier 1918 demande à la coalition de relever progressivement les troupes russes et de les éloigner. Néanmoins, il ne faut pas laisser vides les positions occupées par les Russes. Il demande, entre autres, que le 175e R.I. lui soit laissé à son entière disposition. Les archives révèlent son courrier classé « Secret » du 2 janvier 1918 dans lequel la situation est parfaitement décrite (20).

Gabriel est accueilli dans la région par le froid intense, le brouillard, les chutes de neige en abondance, rendant même impossible les actions militaires (comptes-rendus journaliers du Général Henrys).

Il arrive à Florina le 28 mars 1918. Entre patrouilles et travaux de tranchées, les troupes surveillent l’ensemble du front. Tandis que l’Etat Major du 175e R.I. est fixé à Strobovo (voir carte) nos poilus usent leurs semelles de Florina à Armenohor, Armensko, Zelovo, Breznica, Biklista et Tipesika

 










Onzième page

du carnet de guerre

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1918





Reparti de Biklista le 11, passé par Breznica et Zelova Panplie le 13, Ljubojna le 14

Monté en ligne le 18 avec piton sud

Descendu au dépôt le 16 mai

Remonté en réserve dans la nuit du 23 au 24

Le 27 mai au soir 11 heures descendu pour passer au train régimentaire



Cette page ne relate rien de majeur dans le parcours de Gabriel. Du 1er  au 18 avril 1918 il fait partie des patrouilles de surveillance toujours dans le même secteur. Le rythme change à partir du 18 avril. A l’ouest du Lac Prespa, une chaîne montagneuse du nord au sud constitue une barrière que l’Armée d’orient occupe et défend. Gabriel est affecté à la défense du Piton Sud pendant un mois. La mission n’est pas de tout repos, l’ennemi est constamment présent et chaque jour on compte les blessés et les tués.

Peut-être Gabriel a-t-il fait partie de cette patrouille dont le J.M.O relate la sortie ?

 


Le 27 mai Gabriel est affecté au Train Régimentaire 








Douzième page

du carnet de guerre

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1918

 





Rentré Cie Hors Rang le 28 mai 1918 à Ljubojna

Sorti du T.R.(Train Régimentaire) le 20 septembre et rentré en pionnier à Monastir en date du 21

Rentré en TC CHR (compagnie hors rang) en date du 10 octobre

à Denir-Hissar, Kitchevo, Carbonica le 11 jusqu’au 8 novembre

De retour à Monastir le 13 novembre

Reparti le 15 



Le 28 mai 1918, Gabriel est affecté à l’Etat Major du 175e stationné à Ljubojna. La Compagnie Hors Rang est une compagnie non combattante de services qui peut comprendre entre 200 et 300 soldats:

Il se retrouve dans l’entourage de l’Etat Major et fait partie de ceux qui suivent les compagnies combattantes et leur apportent toute la logistique nécessaire. Le danger ne s’écarte pas pour autant, le 175e R.I. étant mis à forte contribution perd chaque jour des soldats.

Le 17 août le Général commandant l’A.F.O. estimant que les troupes ont besoin de formation, leur ordonne quelques jours d’instructions.


Le 22 août le 175e R.I. ayant terminé sa phase d’instruction, est remis en mouvement. Gabriel est fixé à Pisoderi (voir carte page 128). Les installations doivent être terminées le 5 septembre au matin selon l’ordre reçu. Cependant, l’ordre est modifié le 30 août 


Et c’est à Ostina que Gabriel se trouve en attente. Depuis le début septembre 1918, on observe dans les rapports des J.M.O. de la 156e Division une certaine agitation dans l’organisation des différents régiments, ce qui laisse augurer une offensive importante contre les Bulgares.

Le 14 septembre est la veille d’une attaque et le 175e R.I. est rapproché de Monastir :


Le commandement général de toutes les forces alliées en Orient prépare une attaque sur tout le front qui se voudra finale. Le rôle joué par le 175e R.I. s’inscrit dans une opération militaire gigantesque menée par le Général Franchet d’Esperey qui dirige et maîtrise la totalité des forces alliées en Orient. Cette attaque générale est connue sous le nom de « Offensive du Drobopolje » et aboutit à la libération définitive de la Serbie (21). L’attaque générale par l’artillerie est déclenchée le 14 septembre à 8 h. Le 16 l’ordre de déplacement du 175e R.I. :


Le 21 septembre Gabriel et sa compagnie sont à Monastir, il est alors pionnier . Son régiment est déplacé dès le lendemain :


Le 23 septembre le 175e R.I. arrache le village de Beranci aux Bulgares :




Poursuite de l’avancée le 24 septembre vers Sudohol et Kudretin (voir carte). Le 28 il a atteint Brezovo. La fin des combats contre les Bulgares approche. Leur gouvernement décide le 29 septembre de capituler et immédiatement la 156e Division reçoit les ordres :

 

On prend connaissance du refus des militaires bulgares de se plier aux ordres gouvernementaux. Il leur faudra quelques jours et des menaces de reprise des hostilités pour qu’ils cèdent le passage aux convois français. Les positions au 4 octobre sont ainsi :

Le 8 octobre, le 175e fait étape sur Demir-Hissar, le 9 mouvement de  Demir-Hissar à Kicevo. Le 175° stationne dans les localités de Srbjani, Karbunica et Vranestica aux environs de Kicevo le 11 octobre.

Il y est décimé par une épidémie  de grippe qui fait 300 victimes.

Par étapes le régiment se transporte le 8 novembre selon Gabriel des environs de Kicevo à Monastir où il arrive le 12 novembre.

La grande nouvelle tombe le 11 novembre 1918 : la guerre est finie….enfin, presque :




Il faut imaginer l’état d’esprit des soldats vivant dans cet enfer depuis des mois et à qui on annonce que des trains sont à quai pour les embarquer


Et on imagine aussi leur déception quand on leur annonce qu’ils ne rentrent pas en France tout de suite, que si en France la guerre est finie, elle ne l’est pas pour eux.

Gabriel quitte Monastir pour Verria.













Treizième page

du carnet de guerre 

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1918 - 1919







….pour Veria

Arrivé le 16 au matin, reparti de Veria le 17 décembre pour Salonique

Embarqué le 19 pour la Russie

Parti le 20, arrivé à Sébastopole le 26, débarqué le 27 décembre 1918

Parti de Sébasto le 25 mars 1919

Le 26 à Odessa

Reparti d’Odessa





Gabriel Billonnet s’apprête à vivre le cinquième et dernier temps de sa vie de guerre.

La question est facile : pourquoi n’est-il pas  rapatrié chez lui puisque de toute évidence la guerre est finie ? Les réponses le sont moins.

En premier lieu, le citoyen français  a une forte méconnaissance du fait historique. L’histoire a souvent menti, mais les enseignants aussi. Et de la méconnaissance au mensonge il n’y a qu’un pas allègrement franchi pas toutes les générations d’ignorants.

Depuis un siècle la date du 11 novembre est commémorée comme étant le jour de la fin de la guerre. Il n’y a rien de plus faux, mais après tout cela arrange tout le monde.

Or, qu’est-ce qu’un armistice ?

Le 11 novembre 1918 l’armistice n’est ni plus ni moins qu’une suspension des hostilités.

L'armistice peut-être dénoncé par chacune des parties moyennant un délai de deux jours.

L'armistice signé à Rethondes dans l’Oise le 11 novembre 1918, est valable pour une durée de trente six jours.

La durée de l'armistice sera renouvelée trois fois : prolongation d'un mois dans le même wagon à Trêves (Allemagne) le 12 décembre 1918, puis reconduction le 16 janvier 1919 et le 16 février pour une durée illimitée.

Le traité de Versailles, conditions des alliés à l'encontre de l'Allemagne, n’est signé que le 28 juin 1919, date qui commémore l'attentat de Sarajevo, cause de l'ultimatum austro-hongrois adressé à la Serbie, dont le refus a déclenché la guerre.

Le 21 juin 1919 l'armistice arrivait à expiration, l'on était à deux doigts de reprendre les hostilités.

Bien des hommes sont encore tombés sous les balles durant sept mois d'incertitude, mais les hautes instances avaient donné ordres auprès des services d'état civils de ne plus inscrire de tués à l'ennemi après le 11 novembre 1918 ce qui aurait été très mal perçus par la population.

La fin effective des hostilités était fixée au 24 octobre 1919.

En second lieu, notre « Tigre » national, Georges Clémenceau, n’avait pas attendu l’armistice de novembre 1918 pour se trouver un nouvel « ennemi à abattre ». Comme déjà évoqué, la Russie, jusqu’alors pays allié, n’est plus vraiment un pays ami depuis la prise du pouvoir par les Bolcheviks.

Il décide donc d’employer l’Armée Française d’Orient pour voler au secours des Russes blancs 

L’A.F.O. est donc maintenue, pour partie, là où elle se trouve en attendant d’autres ordres.

 En troisième lieu, un petit détail qui n’est pas en faveur de Gabriel, va décider de son maintien sous l’uniforme. En effet, à la fin de 1918, il est décidé de rapatrier en France tous les soldats qui sont présents en Orient depuis plus de dix huit mois, les autres sont maintenus sur place. Or, Gabriel a passé toute son année 1917 en France. Il n’entre donc pas dans la catégorie des libérables. Le voilà donc reparti pour d’autres dangers.

Le 16 novembre 1918, il arrive à Verria, ville qu’il a déjà connue en septembre 1916 


 


Le 6 décembre suivant, la 156e Division reçoit les ordres de Paris pour son mouvement d’ensemble :


 


C’est à partir de décembre 1918 que la 156e Division d’Infanterie et donc y compris le 175e R.I. de Gabriel intègre désormais l’ »Armée du Danube ». 


Le 8 décembre 1918 les premiers embarquements commencent dans le port de Salonique :

 


Le régiment de Gabriel part un peu plus tard, le 19 décembre écrit-il. Il embarque sur deux bateaux : le Dobroudja et le Varna

Quelle ironie ! Dans la journée du 22 décembre les deux bateaux traversent le détroit des Dardanelles, librement, sans incident, celui-là même qui a causé la mort de milliers de soldats trois ans auparavant. Tout le dramatique ridicule de cette guerre se résume là.

Alors que Gabriel n’a pas encore embarqué à Salonique, les premiers éléments de la Division arrivent au port d’Odessa.

Revenons quelques semaines en arrière.

Le 13 Novembre quelques jours après l’armistice du 11 Novembre 1918, une flotte franco-anglaise composée notamment de cinq cuirassés français, franchit les Dardanelles afin de défendre les intérêts des Alliés et chasser les troupes Allemandes occupant la Crimée.

La paix de BREST-LITOVSK qui avait été signée le 24 février 1918 avait permis aux Allemands d’envahir en effet l’ensemble de l’Ukraine.

En décembre, l’escadre Française sous le commandement du Vice Amiral DEJAY avec les cuirassés MIRABEAU et JUSTICE se présenta devant ODESSA.

Le 17, le Général BORIUS débarqua des troupes et installa, après avoir chassé les derniers contingents ukrainiens et allemands, le Général russe GRICHINE ALMAZOV comme Gouverneur de la Ville.                                                                        

Dans un communiqué le Général Borius s’adresse à la population :


 




Joyeux Noël 1918 : Gabriel arrive à Sébastopol à 21 heures.




Quelques semaines s’écoulent à Sébastopol sans vraiment d’incidents majeurs. Le 175e séjourne en caserne et son rôle se limite au maintien de l’ordre.

Un peu de répit est appréciable et Gabriel en profite pour s’offrir une séance photo en guise de souvenir.

Il a presque 24 ans et il a déjà tant vécu ! On remarque les chaussures basses, relativement légères et les fameuses bandes molletières réservées aux hommes de troupes alors que les officiers avaient droit aux guêtres en cuir. On distingue mal son ceinturon en cuir modèle de 1903 à deux ardillons. Dans son dos, la cartouchière toujours en cuir épais dont tout soldat ne se sépare jamais, est maintenue par la sangle qui l’entoure dans son uniforme bleu azur. On note aussi le souci qu’il a d’être parfaitement coiffé pour la pose, même s’il n’a pas pu se séparer de sa cigarette.

 


En 1919, la guerre est théoriquement achevée, mais bon nombre de marins ne sont toujours pas démobilisés et se trouvent de fait entraînés dans une opération destinée à défendre des intérêts qui les dépassent. Le " ras-le-bol " et le refus plus ou moins conscient de jouer aux contre-révolutionnaires, de se transformer en "gardiens de la bourgeoisie" vont aboutir à des mutineries.

Les premiers soulèvements eurent lieu dans les troupes terrestres.

Le 4 février 1919, le 58e régiment d’infanterie refuse de combattre les troupes bolcheviks sur la rive du Dniestr ; le 8 mars, deux compagnies du 176e régiment d’infanterie (de la 156e Division) s’opposent à un ordre d’attaque à Kherson.

Le 5 avril, même refus de groupes du 19e régiment d’artillerie à Odessa, où des sapeurs du 7e génie fraternisent et laissent aux bolcheviks du matériel.

Puis, du 10 au 30 avril, se déroulent les grandes mutineries de marins. En Roumanie, à Galatz, le chef mécanicien André Marty projette de s’emparer du torpilleur Protêt, d’enfermer les officiers et de rallier les bolcheviks à Sébastopol. Le complot découvert, il est arrêté le 16 avril et sera condamné à vingt ans de travaux forcés.

Le 17 avril, sur le croiseur France, des protestations éclatent ; quatre matelots sont enfermés, mais, deux jours plus tard, l’équipage révolté les libère, élit des délégués, exige le retour à Toulon.

Le 20, le drapeau rouge est hissé sur le France, le Jean-Bart, La Justice au chant de L’Internationale. L’après-midi, des marins qui manifestent dans Sébastopol avec la population essuient le feu de soldats grecs. Le calme revient les jours suivants, les délégués, d’abord seuls obéis, voient leur rôle décroître. Mais le Jean-Bart ainsi que le France regagnent Toulon et Bizerte.

Une autre mutinerie a lieu le 25 sur le Waldeck-Rousseau devant Odessa. Un comité de marins décide la révolte, exige la délivrance d'André Marty et le retour en France. Dans les jours suivants, le bâtiment rentre en France ainsi d’ailleurs que tous les navires de la mer Noire. Mais l’effervescence continue en mai et en juin à Toulon, à Brest, à Bizerte, en Grèce (sur le Guichen avec Charles Tillon) et même à Vladivostok...

Cette crise, qui surprit le commandement, a plusieurs causes. Des raisons matérielles et morales : hiver pénible, courrier désorganisé, corvées incessantes dans les ports paralysés par les grèves des dockers russes. Les équipages sont démoralisés par une guerre longue, et l’armistice, pour eux, c’est la démobilisation : " Nous ne sommes pas en guerre contre les Russes ; nous voulons rentrer en France ", répètent-ils. André Marty nous raconte dans sa biographie que les marins lisaient les journaux pacifistes comme La Vague et Le Journal du peuple ainsi que les discours des députés socialistes contre l’intervention. Des tracts et journaux clandestins sont édités par les bolcheviks. Le ministre de la Marine affirme d’ailleurs à la fin de la crise, le 17 juin 1919, aux députés que la cause des troubles est la propagande révolutionnaire.

Gabriel a cette chance d’être cantonné à Sébastopol, secteur légèrement plus calme pour le premier trimestre au moins. En prévision de l’arrivée des Bolcheviks, le régiment commence l’organisation d’un camp retranché. Le J.M.O. mentionne les inquiétudes dès le 14 mars 1919 :


 


Extrait des « Mémoires de Jean Delamare »

Le 3 avril, les Français décident de faire évacuer Odessa  où des milliers de Russes attendent de fuir l'avance des Bolcheviques. C'est encore la Marine (amiral Lejay) qui va mener à bien cette évacuation car les troupes françaises comptent moins de 1 800 hommes dans la ville d'Odessa. Les cuirassés Justice et Jean-Bart, les croiseurs Jules-Michelet et Bruix, les avisos Aldebaran, Spahi, Dehorter, Mameluck, ainsi que des bâtiments étrangers vont appuyer de leur artillerie les troupes et les civils qui rembarquent. 10 000 civils étrangers et 50 000 Russes échappent à l'emprise des Bolcheviques

La marine continue aussi son blocus des cotes de l'Ukraine et de l'embouchure du Dniepr. L'amiral Caubet dispose pour cela des croiseurs Waldeck Rousseau,Ernest Renan, Bruix, et torpilleurs Aldebaran, Pluton, Spahi, Mameluk, Aspirant Herber et Mangini.

Avec le reste de la II° escadre, l'amiral Arnet assure la protection de la Crimée et de Sébastopol. Les compagnies de débarquement des avisos Scarpe, Hussard, Phénix, Enseigne Henry et du cuirassé Jean Bart brisent deux attaques Bolchéviques sur Marioupol en Mer d'Azov puis rembarquent dans leurs navires le 30 mars.

La perte de tous les ports de Crimée entraîne la décision d'évacuer les 6000 soldats alliés de Sébastopol. Le rembarquement est reporté de plusieurs jours car l'amiral souhaite récupérer le Mirabeau en cours de réparation. Le 15 avril, les premiers éléments de l'Armée Rouge se heurtent aux positions alliées(6000 hommes) qui occupent d'ailleurs les positions Russes de 1854.

Le 16 avril, l'artillerie navale des cuirassés France, Jean Bart,Vergniaud, Justice, du croiseur Du Chayla, du torpilleur Dehorter et des navires Anglais et Grecs dont le porte-avions Empress s'en prend à l'Armée Rouge et brise son attaque. 

Le 22 avril, Franchetd'Esperey ordonne l'évacuation à un amiral Amet qui finit par s'incliner"


Gabriel indique être parti de Sébastopol le 25 mars 1919. Or nous savons que son régiment est embarqué le 28 avril soit un mois plus tard. Quelle est la raison de cet embarquement prématuré ? Il n’est pas malade, il n’est pas blessé, il n’y a pas encore eu d’ordre émanant de l’autorité militaire, reste une seule explication : l’ordre personnel de démobilisation.

Toujours est-il qu’il arrive en rade d’Odessa le lendemain 26 mars 1919.







Quatorzième page

du carnet de guerre 

-

1919






…Le 2 avril soir 6h

arrivé à Constantinople le 4 au matin

reparti de Constantinople le 5 à 6h et demi du soir

à Salonique le 7, reparti le 10, 

à Itéa le 11, reparti le 13

Arrivé à Tarente le 14 et reparti le…………….





Il n’y a aucune indication ni aucune trace des modalités de son retour comme nom des bateaux, mais cela importe moins dès lors qu’il s’agit de sa libération définitive.

Le trajet emprunté est exactement l’inverse de son trajet aller. Le voilà dans le port de Tarente en Italie le 14 avril 1919.

Gabriel arrive en France probablement le 16 avril 1919, le temps de traverser l’Italie et il ne semble pas être dirigé vers le dépôt du 175e à Grenoble car une semaine plus tard, le 23 avril 1919, le Général Commandant la 15e Région militaire de Marseille décide de l’affecter au 63e R.I. situé à Limoges en guise de cadeaux pour son 25e anniversaire où il n’est dirigé que le 13 juin suivant. Il n’est pas encore libéré mais au moins rapproché des siens.

Nous pouvons aisément imaginer son soulagement lorsqu’il dépose son barda à terre. Ce fameux barda du Poilu pèse 28 à 30 kilos comprenant : une gamelle, un quart, des couverts, un bidon de 1 litre, une lanterne pliante, un nécessaire à couture, un caleçon, une chemise, une cravate, un mouchoir, une ceinture, un ouvre boite, un rasoir, une boîte de balles... Il est équipé d’un fusil Lebel et de sa cartouchière ainsi que d'une épée baïonnette à triple arête.   En supplément, les Poilus sont équipés du casque Adrian à partir de septembre 1915, les protégeant mieux des tirs dans les tranchées. Avant le port de ce casque, 77% des blessures de guerre sont à la tête, le taux diminue  à 22% ensuite. Un attribut métallique fixé par une agrafe crampon sur le devant du casque représente le régiment : une grenade surmontée d’une flamme pour l’infanterie, une ancre pour l’infanterie coloniale,  une grenade brochant deux canons croisés pour l’artillerie,  le caducée pour le service de santé  etc.  Les soldats sont aussi munis de nouveaux équipements comme « le vengeur » qui est un couteau poignard ou d’une baïonnette surnommée « Rosalie » par référence à la fameuse chanson de Théodore Botrel.

Enfin, repensons à tous les déplacements effectués presque entièrement à pied, tout cet attirail sur le dos ! Quel simple citoyen sans entraînement militaire en serait capable aujourd’hui ? Et pourtant, nos aïeux ont réalisé ces exploits.

Gabriel séjourne encore quelques semaines à la caserne Beaupuy de Limoges (voir page 26) et enfin son ordre de démobilisation le libère totalement de ses obligations le 19 septembre 1919, après quatre ans neuf mois et quatre jours au service de la France.

Il peut résumer son bilan de grandes batailles :

·        Bataille des Dardanelles en été 1915 soldée par un échec

·        Combats de Rabrovo et Kostorino de novembre 1915 en Serbie soldés par un échec et une retraite

·        Bataille de la Cerna (1ère offensive de Monastir) en novembre 1916 soldée par un échec

·        Offensive générale du Dobropojle en septembre 1918 soldée par la libération de la Serbie

·        Campagne de Crimée en janvier 1919 soldée par un échec

 

Tout ça…..pour si peu doit-il penser ?




EPILOGUE

Il vivait à Pert, où, à seulement 19 ans, il menait une vie paisible en tant que cultivateur. Sa beauté et sa pleine santé reflétaient la simplicité de son existence.

Cependant, il revient à Pert après avoir perdu près de cinq années de sa jeunesse, sacrifiées au nom d’idées et d’engagements de figures qu’il ne connaissait même pas. Au cours de cette période, il a été témoin des horreurs les plus sombres, frôlé la mort à maintes reprises. Il a tué d’autres soldats, assisté à l’agonie de ses compagnons d’armes, et ses corps en portent encore les cicatrices : ses pieds gelés, l’absence de dents, des poumons toujours mal soignés qui finiront par l’emporter dans vingt ans. Qui est-il devenu ? Certainement plus l’homme qu’il était.

Pourtant, la vie doit continuer. Il lui faut reprendre le travail, envisager de prendre épouse, fonder une famille. Mais dans quel état se trouve-t-il pour espérer attirer une compagne ?

Son village, constitué de sept fermes regroupées en hameau, est habité par différentes familles : les Billonnet, les Prabonnaud, les Pouyaud, et aussi les Mazalaigue. C’est cette dernière famille qui, conformément à la coutume, choisit un époux pour sa fille Anna. La jeune fille, privée de toute voix au chapitre face à l’autorité patriarcale, voit son destin tracé : son père a désigné Gabriel comme futur gendre. Et pour Gabriel, ce choix est une heureuse certitude.

Leur union est scellée par le mariage, célébré un an plus tard, le 18 décembre 1920, dans la petite église de Beaumont.

Onze mois plus tard, le 10 novembre 1921, naît leur fille, Valérie. Ironie du sort, elle décède le lendemain, le 11 novembre, jour même de l’armistice.

La même année, le 1er juin, Gabriel est mis en réserve au 63e Régiment d’Infanterie de Limoges. 

Il poursuit sa vie de cultivateur et de maçon à Pert durant quelques mois, puis, en début d’année 1923, il décide, comme tant d’autres, de quitter la campagne et ses conditions difficiles. Son choix se porte vers la région lyonnaise, où il parvient à se loger. Avec Anna, leur premier domicile est situé au n° 20 de la Petite Rue Pasteur, à Villeurbanne, à compter du 5 juin 1923.

L’armée le rappelle à l’ordre, et, le 1er janvier 1924, il est muté au 107e Régiment d’Infanterie à Lyon, en tant que réserviste — mutation étonnante pour un habitant de la ville, ce régiment étant stationné à Angoulême.

Il tente encore de devenir père, et Anna se prépare à accueillir un enfant le 25 avril 1924. Hélas, le petit qu’ils voulaient prénommer Roger ne verra jamais le jour.

Les séquelles de la balle bulgare qu’il a reçue en novembre 1916 persistent, laissant une trace durable dans son corps. Les visites régulières qu’il rend au Bureau des Réformes de Lyon jusqu’en 1932 témoignent de l’évolution progressive de sa condition.

En 1926, Gabriel et Anna louent une petite maison, située au n° 14 de l’impasse Million, à Villeurbanne. 

 

Enfin, après plus de neuf ans de mariage, le 1er juin 1930, ils accueillent leur fille Solange, apportant un peu de lumière à leur vie souvent marquée par la douleur et la guerre.






Les personnalités citées

Bailloud Maurice Camille, Général de Division, 67 ans en 1914

Photo prise dans la Boucle de la Cerna en 1915

A la retraite, il demande à servir encore son pays.

                                  On lui confie la 156e Division d’Infanterie de mars 1915 à août 19

Les soldats le surnomment « Cacaouët »

Briand Aristide, 52 ans en 1914

11 fois Président du Conseil et 20 fois Ministre, encore un ennemi de Clémenceau qui le disait « imbécile ». En juillet 1914, il est Ministre de la justice sous Viviani, devient président du Conseil de octobre 1915 à mars 1917


 

Churchill Winston, 40 ans en 1914

En politique depuis 1899, il est Premier Lord de l’Amirauté depuis 1911.

Dévoré par l’ambition et la mégalomanie, il est le grand artisan de l’engagement Franco-Britanique dans le conflit des Dardanelles où près de 1/2 millions de soldats ont perdu la vie. Aux yeux des Anglais il porte cette responsabilité et il est relégué à un poste subalterne. Grand alcoolique, il revient aux affaires en 1917.



Clémenceau Georges Benjamin, 73 ans en 1914

Surnoms : « Le Tigre » ou « Le Père la Victoire »

Lorsque la guerre éclate, il est journaliste à « L’Homme Libre » et devient Président du Conseil en 1917. Il éprouve un grand mépris pour les Poilus d’Orient qu’il surnomme « les jardiniers de Salonique ». Viscéralement anti-bolchevique, c’est lui qui décide la prolongation de la guerre pour des centaines de milliers de soldats épuisés.

Franchet d’Espèrey Louis Félix Marie François, Général d’Armée,

 58 ans en 1914

Commandant la 1ère Armée depuis 1913, Joffre lui confie la 5ème Armée en 1914, c’est sous son commandement que l’Armée d’Orient remporte les victoires de septembre 1918 contre les Bulgares. C’est toujours lui qui dirige les opérations en Crimée et c’est grâce à lui que l’évacuation des troupes française  se déroule en bon ordre.

Henrys Paul Prosper, Général de Division, 52 ans en 1914

Le 31 décembre 1917, le général prend le commandement de l'Armée française d'Orient et il prend une part considérable aux succès définitifs des Alliés en Orient, lors de la grande offensive de septembre 1918

C’est lui qui signe l’armistice avec la Bulgarie au nom des alliés.

Kemal Mustapha dit Attatürk, 33 ans en 1914

Il a le grade de Lieutenant Colonel au début de la bataille des Dardanelles. Il se distingue si brillamment par son courage, son autorité et ses qualités de stratège qu’il est promu Général (Pacha). « Je ne vous ordonne pas de combattre, mais de mourir » disait-il à ses hommes. Il deviendra le fondateur et premier Président de la République de Turquie.




Millerand Alexandre, 55 ans en 1914

Ministre socialiste de la Guerre de janvier 1912 à octobre 1915

Pendant cette période c’est lui qui signe les ordres adressés aux armées.

On le retrouve Président du Conseil après la guerre


Poincaré Raymond, 54 ans en 1914

10e Président de la République de 1913 à 1920.

D’abord classé à gauche à l’époque, il se fait élire avec les voix de droite et devient « Républicain modéré ». Il n'hésite pas, parfois au péril de sa vie, à venir au front afin de juger du moral des troupes et des populations déplacées. Il voue une franche détestation à Clémenceau.


Princip Gavrilo, 20 ans en 1914

L’homme qui a déclenché par son geste l’horrible guerre. Etudiant Serbe de Bosnie. N'ayant pas encore 20 ans au moment de l'attentat, Gavrilo Princip ne pouvait être condamné à mort en Autriche-Hongrie.

Incarcéré dans la forteresse de Theresienstadt, (en République tchèque) il souffre de mauvaises conditions de détention. Gavrilo Princip est incarcéré dans une cellule sans toit, à la merci de la neige et de la pluie et il est également victime de la vindicte de ses gardiens. Sa santé se dégrade. Il meurt de tuberculose en avril 1918.



Sarrail Maurice Paul Emmanuel, Général de Division, 58 ans en 1914.

Il reçoit le 3 octobre 1915 le commandement du corps expéditionnaire d'Orient, A.O. Il le commande lors de l'offensive de Vardar en octobre 1915, commence alors la construction du camp de Salonique avec les alliés britanniques et devient commandant en chef des armées alliées d’Orient (C.A.A) le 16 janvier 1916. C’est également lui qui lance l’offensive de Monastir en novembre 1916.


Viviani René Jean Raphael Adrien, 52 ans en 1914

Communiste, co-fondateur de « l’Humanité », député de la Creuse,

Résident du Conseil de juin 1914 à octobre 1915, c’est lui qui donne l’ordre de la mobilisation en août 1914. Pacifiste, il tente de sauver la paix sans y parvenir.







ANNEXES









Colonne de gauche

Etat Civil : né le 29 avril 1895 à Beaumont, canton d’Eymoutiers, Haute Vienne, résidant à Beaumont, profession : cultivateur (rayé), puis maçon, fils de Léonard et de Marie Prabonnaud, domiciliés à Beaumont

Décision du conseil de révision et motifs : inscrit sous le n° 18 de la liste du canton d’Eymoutiers

                                                                 Classé dans la 1ère partie de la liste en 1914

           Détail des services et mutations diverses :

1-      appelé à l’activité le 17 décembre 1914, arrivé au 123e régiment d’infanterie et soldat de 2e classe ledit jour. Passé au 175e d’Infanterie le 5 mai 1915.

2-      Evacué blessé le 14 décembre 1916. Rentré au dépôt le 15 mars 1917. Parti au front le 29 décembre 1917.

3-      Passé au 63e régiment d’Infanterie le 13 juin 1919 (Décision du Général Commandant la 15e région du 23 avril 1919)

4-      …..en congé illimité de démobilisation le 17 septembre 1919, (9e échelon) dépôt démobilisateur 63e d’infanterie, se retire à Beaumont

5-      Certificat de bonne conduite : « Accordé »

6-      Affecté dans les réserves au 63e d’infanterie le 1er.06.21. Proposé pour le Sce auxiliaire 97 15% par la b.s. de Limoges du 30 décembre 1921 pour « séquelle de blessure par balle de l’hémithorax gauche avec fracture non consolidée de la 8e côte, légère diminution du murmure vésiculaire.

Pas de signe de paludisme. Cicatrices superficielles jambe gauche et pied droit. Classé Sce auxiliaire par décision du Général b.. de groupe subdivision de Limoges en date du 9 janvier 1922.

Maintenu Sce auxiliaire 97 15% par la b.s. de Lyon du 5 octobre 1923 pour « Reliquat plaie hémithorax gauche, légère rudesse respiratoire

Affecté au 107e régiment d’infanterie le 1er janvier 1924

Maintenu au sce auxiliaire 9.9 15% art.7 par la CR de Lyon du 5 août 1925 pour : reliquats de plaie transfixiante de l’hémithorax gauche. Classé sans affectation le 1er septembre 1927.

Maintenu service auxiliaire 9.9 25% art.7 par la CR de Lyon du 27 juillet 1929 pour transfixion de l’hémithorax gauche

Maintenu sce auxiliaire : proposé PP 25% (art.7) par la CR de Lyon du 8 avril 1931 pour : reliquats de transfixion hémithorax gauche avec perte de substance légère au niveau de la 8e côte qui a été fracturée

Maintenu un service auxiliaire, proposé pension permanente 25% (acquis) par la commission de réforme de Lyon du 17 2 1932 pour séquelles de transfixion hémithorax gauche, légère rétraction paroi thoracique, légère diminution du murmure vésiculaire sans bruits adventices et sans signes de bronchite.

Colonne de droite

N° matricule de recrutement : 533

Signalement :

Cheveux : chatain      Yeux : bleu

Front : ordinaire       Nez : rectiligne

Visage : ovale           Taille : 1mètre 62 centimètres

Degré d’instruction : 2

Corps d’affectation :

Armée active :  123e régiment d’infanterie – matricule 8610

                        175e régiment d’infanterie – matricule 5906

                         63e régiment d’infanterie – matricule 2607

Disponibilité et réserves de l’armée active :

63e régiment d’infanterie

                       SERVICE AUXILIAIRE

                       107e régiment d’infanterie sans affectation

                      Affectation spéciale

Localités successives habitées par suite de changement de domicile ou de résidence :

5.06.1923 Villeurbanne (Rhône) – 20 petite rue Pasteur

14.2.1926 Villeurbanne (Rhône) – 14 impasse Million

23.2.1939 Lyon

Définitions utiles :

-    Le service auxiliaire : créé par la loi de 1872. Il est destiné aux jeunes gens inaptes au service actif mais suffisamment aptes à un service dans des corps non mobilisables

  (construction et réparation des voies ferrées, subsistances et magasins...) 

Hémithorax : désigne une moitié latérale du thorax (Doctissimo)

Murmure vésiculaire : Le murmure vésiculaire est le bruit respiratoire que l’on perçoit à l’auscultation pulmonaire normale. Il s'agit d'un bruit lisse et sourd qui résulte de turbulences lors déplacement de l'air lors de l'inspiration et de l'expiration.

     Il correspond au son trachéal qui est atténué et filtré par le parenchyme pulmonaire. Il ne provient pas de l'entrée d'air dans les alvéoles et les bronchioles car ce phénomène ne fait pas de turbulences, du fait de la petite dimension de celles-ci, ainsi que de leur grand nombre, il est donc totalement silencieux

Une diminution bilatérale de ce bruit marque par exemple un emphysème.

Une abolition de ce bruit marque la présence de liquide ou d'air dans la plèvre.

(source : Wikipédia)                              170

- Plaie transfixiante : qui traverse de part en part

- Bruits adventices : Bruits anormaux entendus lors de l’auscultation pulmonaire. Laennec, en 1819, utilise le mot râle pour désigner tous les bruits adventices

Degrés d’instruction des conscrits :

     0 : ne sait ni lire ni écrire

    1 : sait seulement lire

    2 : sait lire et écrire

    3 : instruction primaire plus développée

   4 : brevet de l’enseignement primaire

   5 : bachelier, licencié, etc.

   x : instruction non vérifiée





Carte d'Etat Major ayant appartenu à Gabriel Billonnet






























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